Les jeunes poissons arctiques brillent dans l’obscurité | Polarjournal
Le lompe (Cyclopterus lumpus) est un poisson benthique que l’on trouve à des profondeurs allant de 50 à 800 mètres. Ce poisson, qui appartient à la famille des perches, peut mesurer jusqu’à 65 cm de long et peser jusqu’à 9 kilos. On connaît au total 30 espèces de lompes. Image : TheSupermat CC BY-SA 3.0

L’une des particularités des jeunes est de se démarquer des adultes. C’est un fait que l’observe régulièrement, du moins chez les humains. Dans le règne animal, il y a moins d’exemples. Mais une équipe de recherche irlando-britannique a découvert au moins une exception chez une espèce de poisson, que l’on trouve également dans les eaux arctiques entre le Nunavut et le Svalbard.

Thomas Juhasz-Dora, vétérinaire et doctorant à l’Université de Cork, en Irlande, a éclairé les animaux avec une lumière spectrale bleu royal, puis les a photographiés avec un appareil photo numérique et un filtre jaune spécial. « Je me suis dit : « Waouh ! », a expliqué le chercheur dans une interview. Les poissons ont montré une forte réaction de biofluorescence, ce qui signifie qu’ils sont susceptibles de briller de la même manière en profondeur. Les résultats de l’étude ont été publiés dans la revue spécialisée Journal of Fish Biology.

Selon l’équipe de recherche, la lueur est biofluorescente, ce qui signifie que les animaux ne la provoquent pas eux-mêmes. Cette forme d’éclat se produit plutôt lorsque les poissons réémettent de la lumière absorbée (dans ce cas, dans la gamme du bleu à l’ultraviolet) avec une longueur d’onde plus faible (dans ce cas, le vert). La biofluorescence ne doit pas être confondue avec l’autre forme de luminescence, appelée bioluminescence, dans laquelle les organismes ont la capacité de générer de la lumière. L’équipe de recherche a également pu observer que différentes parties du corps s’illuminaient à des intensités différentes. Les petits tubercules sur les bords et la ligne latérale du poisson, par ailleurs dépourvu d’écailles, brillaient particulièrement.

On sait que certaines espèces marines sont biofluorescentes. Mais la plupart d’entre elles se trouvent dans les eaux tropicales et subtropicales et à des profondeurs plus importantes. La lumière que ces espèces produisent sert généralement à communiquer, à éviter la prédation et à attirer des proies potentielles. On ne dispose que peu d’indices de biofluorescence chez les animaux marins de l’Arctique. Selon les experts, les lompes sont tout à fait remarquables à cet égard. Ces animaux, dont l’aire de répartition est vaste et qui sont présents de l’Espagne au Svalbard, vivent à des profondeurs allant jusqu’à 800 mètres, mais s’approchent de la surface en été pour y pondre et féconder leurs œufs. Ces derniers sont une délicatesse très appréciée et sont également vendus sous le nom de « caviar du Nord ». Les lompes sont également très appréciés dans les piscicultures, où ils tiennent les poux de poisson en respect.

La raison pour laquelle ces animaux brillent n’a pas encore été élucidée. L’équipe de recherche suppose que la communication en est la raison principale. En outre, on ne sait pas encore si la lueur se produit à tous les stades du développement des poissons, s’il existe des différences entre les sexes et si les poissons possèdent l’outil nécessaire pour voir la lueur, c’est-à-dire un filtre jaune dans la cornée intraoculaire. Cela fournirait au moins un indice supplémentaire pour savoir si la communication pourrait effectivement être la raison principale de cette lueur dans l’obscurité des eaux subarctiques.

Dr. Michael Wenger, Polarjournal

Lien vers l’étude : Juhasz-Dora et al (2022) J Fish Biol 1-5 First record of biofluorescence in lumpfish (Cyclopterus lumpus), a commercially farmed cleaner fish ; doi.org/10.1111/jfb.15154

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