Un célèbre livre sur l’Antarctique se décline en roman graphique | Polarjournal
L’auteur du livre « Le Pire Voyage au monde » (de son titre original « The Worst Journey in the World »), Apsley Cherry-Garrard (1886 – 1959), y traite de son expérience en partie traumatisante de l’expédition Scott de 1910 – 1913. Sarah Airriess (à droite), dessinatrice, transpose à présent le livre en une série de romans illustrés, après avoir entendu l’histoire sous forme de drame radiophonique. Images : Herbert Ponting / Sarah Airriess

Durant l’âge d’or de l’exploration antarctique, il était presque obligatoire de publier sous forme de livre les expériences vécues lors des expéditions dans cette région sauvage et inconnue. La plupart du temps, c’était pour des raisons financières que Shackleton et d’autres écrivaient leurs récits. Mais dans le cas de l’un des livres les plus connus, à savoir « Le Pire Voyage au monde », les raisons étaient différentes. Et c’est précisément ce livre qui va maintenant être publié sous une forme nouvelle et moderne.

L’expédition « Terra Nova » de Scott, qui s’est déroulée entre 1910 et 1913 et qui a culminé avec la mort du capitaine Robert Falcon Scott et de ses compagnons sur le chemin du retour du pôle Sud, offre une matière riche pour des livres, des films, des peintures et des dessins. La plupart de ces support ont d’ailleurs déjà été utilisés. Il s’appuie sur l’ensemble des livres écrits par les survivants de l’expédition et sur les photos prises notamment par le photographe de l’expédition Herbert Ponting. Mais la dessinatrice et scénariste Sarah Airriess emprunte une autre voie dans son œuvre. Elle publiera le livre d’Apsley Cherry-Garrard « The Worst Journey in the World » (en français : « Le Pire Voyage au monde ») dans une série de romans illustrés. Le prologue est téléchargeable gratuitement (dons souhaités) et la première partie de la série devrait sortir le 24 novembre. Une édition allemande est déjà prévue pour le printemps prochain.

Sarah Airriess n’est pas une historienne, ni une scientifique, ni une auteure de livres. La Canadienne est une dessinatrice de bande dessinée qui a travaillé avec succès pendant quelques années pour les studios Disney et a participé à des projets tels que Winnie l’ourson et le film d’animation « Kiss the Frog » (en français : « La Princesse et la Grenouille »), qui a remporté un Oscar. Ce qui est également visible dans la mise en œuvre du livre de Cherry-Garrard. Car le style rappelle celui d’un film Disney. Mais au lieu d’animaux chantants et d’arrière-plans aux couleurs criardes, ce roman illustré fascine par ses magnifiques couleurs et son énorme souci du détail dans les images. L’artiste ne se contente pas de refléter l’histoire de l’expédition, elle la fait véritablement vivre.

Dans la vidéo, Sarah Airries explique ce qui l’a poussée à transformer le livre de Cherry-Garrard en un roman illustré (en anglais). Vidéo Tealin – Sarah Airriess

Pour ce faire, elle a quitté son ancienne vie à Los Angeles, tout comme Cherry-Garrard et ses compagnons d’expédition, et s’est installée à Cambridge, en Angleterre, pour se consacrer à l’étude approfondie de l’expédition et de ses détails au Scott Polar Institute. En outre, elle a entrepris un voyage dans la mer de Ross et a pu enregistrer très précisément les conditions de vie au cap Evans, où Scott et ses hommes avaient leur base. « Je comprends beaucoup mieux ce que ces hommes ont vécu quand je me tiens exactement dans cette cabane », explique-t-elle dans une interview. Inspirée par une pièce radiophonique de la BBC adaptée du livre, elle a voulu, avec son œuvre, donner un aperçu profond de l’histoire de l’expédition du point de vue d’Apsley Cherry-Garrard et, par la même occasion, montrer plus en détail la science qui représentait une grande partie de l’expédition « Terra Nova ». De plus, sur sa page Patreon, Sarah Airriess ne se contente pas de présenter son œuvre, mais plonge le visiteur au cœur de l’histoire de l’expédition, présente les personnages du livre et leur histoire personnelle, résume l’expédition d’un point de vue historique et agrémente le tout de ses images uniques.

Le roman illustré de Sarah Airriess, avec ses images colorées et magnifiques, contraste certes quelque peu avec le ton du livre. Apsley Cherry-Garrard l’avait rédigé plus tard, sous le coup des impressions laissées par l’expédition, alors qu’il souffrait déjà d’une grave dépression et d’un syndrome de stress post-traumatique. Il est fort probable qu’il ait souffert de ces séquelles et de quelques blessures physiques graves au cours de l’expédition « Terra Nova ». La mort de deux amis proches, Henry Bowers et Edward Wilson, sur le chemin du retour, et le fait qu’il les ait lui-même découverts, ont dû particulièrement l’affecter. De l’avis de nombreux experts, ses descriptions de l’expédition comptent parmi les meilleures et les plus impitoyables de l’ère de « l’Âge héroïque ».

Les images de l’artiste canadienne semblent presque trop belles au premier abord, par exemple avec ces magnifiques manchots dessinés à la main, posés sur la glace dans la douce lumière du soleil. Et le niveau de détail des images, y compris les mimiques des personnages dans leurs activités et les situations dans lesquelles ils se trouvent, met en évidence les traits de caractère des personnes.

« The Worst Journey in the World » est considéré comme un classique de la littérature polaire. Et le roman illustré de Sarah Airriess fait honneur au livre et à son auteur plus de cent ans après sa parution.

Dr. Michael Wenger, PolarJournal

Précommandes pour la partie 1 de la série ici

Voir le site de Sarah Airriess

Image de l’article : (C) avec l’aimable autorisation de Sarah Airriess

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