Requin du Groenland avec balanes à un endroit délicat | Polarjournal
Les copépodes ressemblant à des vers, souvent présents sur la cornée de l’œil, ne sont pas les seuls parasites infestant les requins du Groenland. Photo : Hemming1952 / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0

Les requins du Groenland parcourent depuis des siècles les eaux de l’Arctique et de l’Atlantique Nord. Ils y rencontrent quelques compagnons désagréables, comme des balanes parasites qui viennent se loger dans leur arrière-train.

Les requins du Groenland font certainement partie des vertébrés les plus extraordinaires. Ils sont notamment connus pour leur capacité à vivre plusieurs centaines d’années, jusqu’à 500 ans ou plus selon les experts. C’est une durée très longue, qui n’est peut-être pas si agréable pour ces grands poissons cartilagineux. En effet, ils sont, comme la plupart des autres poissons, infestés par de nombreux parasites, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.

Le copépode Ommatokoita elongata, qui se fixe à la cornée des yeux et provoque probablement une perte (partielle) de la vision, est l’un des parasites bien documentés des requins du Groenland. Mais c’est encore pire : une équipe de recherche canado-norvégienne vient de signaler un parasite qui n’a jamais été observé chez les requins d’eau froide.

Alors que l’équipe marquait des requins du Groenland dans l’Arctique canadien en 2018 et étudiait leur taux métabolique, les chercheurs ont remarqué chez une femelle de 2,75 mètres de long la présence d’une balane, Anelasma squalicola, que l’on connaissait jusqu’à présent surtout chez les requins-lanternes.

« Le 14 août 2018, […], nous avons découvert le manteau bordeaux d’un spécimen d’Anelasma squalicola qui dépassait du cloaque d’un requin du Groenland femelle de 275 cm », écrivent les scientifiques dans leur étude publiée dans la revue Fish Biology.

Anelasma squalicola (à gauche) est apparentée aux balanes (à droite), mais leur mode de vie est très différent. Photos : Capture d’écran Ste-Marie et al. 2023 et Hans Hillewaert / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Extérieurement, la balane ressemble aux pédonculés en raison de sa tige musclée. Ces dernières ne sont d’ailleurs pas des coquillages, mais sont classées parmi les crustacés. Robert van Syoc, spécialiste des balanes à la California Academy of Sciences, explique à Forbes : « La tige a développé différentes modifications qui lui permettent de servir d’appendice pour se nourrir et pas seulement de point d’attache ; [Il s’ancre] dans le requin hôte et absorbe les nutriments des tissus de l’hôte. Les membres thoraciques, les cirres, sont tellement atrophiés qu’ils ne peuvent plus être utilisés pour la filtration comme chez les balanes. De plus, Anelasma squalicola n’est présent qu’en tant que parasite chez des requins d’eau profonde relativement rares. Cela suggère qu’Anelasma squalicola est une espèce relique, peut-être une sorte de fossile vivant, si l’on veut ».

Eric Ste-Marie, chercheur sur les requins à l’Université de Windsor, au Canada, et auteur principal de l’étude, et son équipe avaient débarrassé la femelle requin du Groenland de la balane et préservé celle-ci pour une identification et une analyse moléculaire ultérieures. Comme il s’agit de la première observation d’ A. squalicola chez les requins du Groenland, les chercheurs ne sont pas certains que la balane choisisse régulièrement les requins du Groenland comme hôtes ou qu’il s’agisse plutôt d’une occurrence atypique.

Les chercheurs ne peuvent faire que des suppositions sur les effets de l’infestation par les balanes sur le requin du Groenland. On sait toutefois que les requins-lanternes infestés ont des testicules, des cloques et des ovules plus petits, ce qui suggère qu’A. squalicola entrave le développement des organes reproducteurs chez certains de ses hôtes.

Selon l’étude, la transmission du parasite aux requins du Groenland pourrait être favorisée par le chevauchement des zones géographiques de distribution des requins du Groenland et d’autres requins infestés par la balane. Les auteurs espèrent qu’à l’avenir, d’autres scientifiques et observateurs de la pêche seront attentifs au parasitisme des requins du Groenland par cette balane afin de déterminer la fréquence de l’infestation et son impact sur les requins.

Julia Hager, PolarJournal

Lien vers l’étude : Ste-Marie, E., Glenner, H., Rees, D.J. and Hussey, N.E. (2023), First Recorded Occurrence of the Parasitic Barnacle (Anelasma squalicola) on a Greenland Shark (Somniosus microcephalus) in the Canadian Arctic. J Fish Biol. Accepted Author Manuscript. https://doi.org/10.1111/jfb.15421

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