Une nouvelle carte, un instantané des régions polaires en mutation | Polarjournal
D’un côté, un océan peu profond entouré de terres culminants à 6 190 m au-dessus du niveau de la mer (Mt Denali) ; de l’autre, un continent entouré d’océans profonds, culminant à 4 892 m (Mt Vinson). Illustration : BAS

La dernière version des cartes polaires du British Antarctic Survey reflète les changements spectaculaires qui se produisent dans l’Arctique et l’Antarctique.

Le British Antarctique Survey (BAS) a publié une carte actualisée des régions polaires nord et sud qui offre au grand public une image actualisée des pôles de notre planète. La nouvelle version de leur carte phare, imprimée sur papier, prend en compte les effets du changement climatique, adopte des noms indigènes pour les sites de l’Arctique canadien et du Groenland, révise les côtes et met à jour les infrastructures, reflétant ainsi les changements profonds en cours.

Une carte avec deux points de vue, à la verticale de chaque pôle, c’est « un peu comme regarder la terre depuis une station spatiale », selon Elena Field, membre de l’équipe de cartographie BAS.

Depuis la parution de la précédente édition il y a cinq ans, les cartographes ont ajouté les derniers détails et changements intervenus. « Il y avait de quoi rééditer une carte », explique-t-elle. Le résultat est le fruit d’un suivi satellitaire, hydrographique et toponymique méticuleux, effectué en permanence par la BAS. Cette carte est la version publique de toutes les informations recueillies par la BAS. Les 60e parallèles contournent la pointe sud du Groenland dans l’hémisphère nord et la pointe de la péninsule antarctique dans l’hémisphère sud. Les deux limites ont été choisies par la BAS pour lui permettre de couvrir une plus grande surface que si les cartographes s’étaient limités aux 66e parallèles.

Le rectangle manquant sur le bord ouest de la plate-forme de glace de Ronne est l’endroit où s’est détaché le morceau de glace de la taille de Majorque qui est devenu l’iceberg A-76. Illustration : BAS

En plus de servir de carte de référence pour le grand public, les cartes polaires du BAS sont destinées aux scientifiques qui planifient des expéditions dans ces régions. Ils offrent une vue d’ensemble de la région, avec une multitude de détails. Un centimètre sur la carte représente 100 km dans la réalité.

La fonte des glaces est l’un des changements les plus significatifs de la carte révisée. En Antarctique, par exemple, la section de 1 550 kilomètres carrés de la barrière de glace de Brunt, connue sous le nom de A-81, qui s’est détachée au début de l’année, créant une île de glace de la taille de la Martinique, est donc absente. Il en va de même pour l’A-74, de taille similaire.

« Les cartes sont des images à un moment donné, ce qui rend difficile la mise en évidence de dynamiques temporaires », explique Émilie Canova, spécialiste des représentations cartographiques au Scott Polar Research Institute. Nous ne voyons donc pas les morceaux de glace qui ont été perdus, mais nous voyons une image actualisée de la limite du glacier. « Ces changements sont cohérents avec l’histoire de la base de Halley, qui a été déplacée à plusieurs reprises pour éviter qu’elle ne s’effondre avec le glacier ».

BAS a également ajouté de petites cartes schématiques à la périphérie de la carte principale, qui peuvent être utilisées pour comparer les zones moyennes d’extension de la banquise entre la fin de l’été et la fin de l’hiver à différentes époques. La carte distingue la période 1981-2010 et la décennie la plus récente.

La carte de l’Arctique a également été mise à jour. Le gouvernement canadien a renommé des lieux en utilisant des noms autochtones, ce qui n’était pas encore le cas dans la précédente version publiée en 2018. Cela vaut pour des dizaines de villages, de montagnes et de localités. Comme Sanirajak au Nunavut, anciennement connu sous le nom de Hall Beach. Certains noms de lieux groenlandais ont également été modifiés.

« C’est la nature de la carte, elle finit toujours par cacher une certaine réalité. Il est intéressant de voir que les noms autochtones sont désormais pris en compte », ajoute Émilie Canova.

En Russie, le trait de côte a été redéfini à l’aide d’images satellites telles que celles de Sentinel-2. « Certaines routes ou certains aéroports qui étaient auparavant considérés comme petits sont aujourd’hui plus grands », a déclaré Elena Field. Ils apparaissent désormais sur la carte. Inversement, certaines infrastructures disparues ou abandonnées n’ont cette fois-ci pas été prises en compte.

Camille Lin, PolarJournal

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