Baptême du voilier d’expédition polaire Persévérance à Marseille | Polarjournal
Triple bénédiction à Marseille, Catherine Chabaud, première femme à compléter un tour du monde lors d’une course à la voile en solitaire, brise une bouteille de champagne à bâbord de Persévérance, à l’ombre de “La Bonne Mère”, lieu saint protecteur des marins et des pêcheurs. Image : Camille Lin

L’expédition Polar Pod, barrée par un duo d’explorateurs, Jean-Louis Étienne et Elsa Pény-Étienne, a fait escale dans le port antique de Marseille au mois de juin pour baptiser Persévérance, le voilier de l’expédition, en présence du ministre français de la Mer Hervé Berville, et pour installer du matériel scientifique à bord

Un coup sourd sur la coque, une émulsion de champagne et de vives embrassades. Ce mercredi 14 juin, Catherine Chabaud, marraine du navire d’expédition polaire, baptise Persévérance avec force et vigueur. “Quand nous avons des rêves plus grands que nous, on ne dépasse pas nos limites, mais on explore notre potentiel”, a-t-elle déclaré en préambule de la conférence de presse.

Le rêve des armateurs, “Jean-Louis et Elsa” c’est de lancer une station dérivante, le Polar Pod, satellite dans l’Antarctique, pour que des scientifiques puissent analyser la nature de ses eaux continuellement. “On a besoin de s’installer sur cet océan”, assure-t-il. Si l’océan reste encore scientifiquement inexploré, l’Austral l’est d’autant plus. Or une contrainte majeure d’une telle installation dérivante reste la houle. Pour que le matériel, les femmes et les hommes à bord ne la subissent pas, Polar Pod flotterait à la verticale, fortement lesté. Pendant cette dérive, Persévérance ravitaillerait la station depuis les îles et les caps de l’hémisphère sud, proches des courants circumpolaires.

Une vision de l’avenir dans l’océan Austral : la station Polar Pod et Persévérance. Image : Polar Pod Expédition Oficiel

Un rêve qui devient réalité, le futur ravitailleur du Polar Pod a rejoint la France après être sorti du chantier français Piriou au Vietnam. “Cela montre la capacité que Jean-Louis et Elsa ont à réunir les foules”, déclare Hervé Berville. “On espère l’avoir (le Polar Pod, ndlr) pour le sommet des Nations Unis dans deux ans à Nice”. Le gouvernement français s’est engagé à financer une majeure partie du projet du Polar Pod. Celui-ci répond à deux volontés de la France, d’une part la décarbonation du secteur maritime et de l’autre répondre à des questions scientifiques à propos du fonctionnement des fonds marins inexplorés, ainsi que de l’évolution du climat, dont les changements entraînent des conséquences dramatiques.

“Je suis breton mais cela ne se voit pas”, explique avec humour Hervé Berville, ministre de la Mer. Originaire du Rwanda, il a été adopté par une famille bretonne en 1994. Image : Camille Lin

Jean-Louis Étienne et Elsa Pény-Étienne doivent encore trouver des financements pour boucler les 18 millions du budget de l’expédition. Persévérance termine son escale marseillaise cette semaine et remonte vers Svalbard où il mènera des croisières touristiques. Contrastant avec un aspect extérieur un peu brut, grisé par l’aluminium de la coque, l’intérieur est très chaleureux. Les matières du sol très résistantes ainsi que les bois sont beige rosé et les tissus, prévus pour l’hôtellerie de « grand passage », relèvent ces tons avec des motifs géométriques en noir et blanc. “Quand on rentre dans les cabines, les volumes s’élargissent vers les couchettes”, explique Elsa. Le carré est très lumineux donnant sur la mer, avec les cuisines sur bâbord et un grand salon sur tribord. “Cela n’a pas été facile de concilier navire de travail et transport de passagers”, ajoute-t-elle. L’opération semble réussie puisque à quai, sur le chantier, des compagnies de transport à la voile sont venues s’inspirer des plans d’aménagement de l’intérieur de Persévérance.

Pour Elsa Pény-Étienne il était important que les espaces de vie soient agréables aussi bien pour les passagers que pour l’équipage. Image : Camille Lin

Le capitaine de Persévérance, Yohann Mucherie, a navigué sur le Marion Dufresne II et La Curieuse autour de Kerguelen dans l’océan Austral. Il y retournera peut-être avec Persévérance, qu’il devra tester avant dans l’Arctique. La conduite du navire autour de Svalbard et le long de la côte est du Groenland dépendra surtout de la glace. Le gréement est maniable à 5 personnes pour un navire de 42 mètres et équipé pour tous les temps, avec un petit air d’aventure qui souffle dans les voiles.

Camille Lin, PolarJournal

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