Le Canada brûle, l’Arctique voit rouge | Polarjournal
Les couchers de soleil ont été particulièrement radieux ces derniers temps, comme ici au Groenland. Et les feux de forêts du Canada y sont pour quelque chose. Si c’est joli à regarder, ce n’est pas sans conséquences pour l’environnement et l’Arctique. Image : Mirjana Binggeli.

Le Canada est aux prises avec les incendies les plus ravageurs de son histoire. La fumée émise par ces foyers s’est répandue jusqu’en Europe et en Arctique, entraînant une atmosphère brumeuse et un soleil rouge. Dans plusieurs régions, notamment aux Etats-Unis, la qualité de l’air s’est fortement dégradée poussant les autorités à prendre des mesures pour protéger leurs populations. Alors que de vastes pans de la forêt boréale canadienne partent en fumée, la question est de savoir quel impact ces incendies auront sur l’Arctique.

Les feux de forêt qui ravagent à l’heure actuelle le Canada ont touché 10 millions d’hectares. Au moins 120 000 personnes ont été déplacées et deux pompiers ont perdu la vie. Près de 900 foyers, comprenant notamment des mégafeux, sont toujours actifs dont près de 600 sont désormais hors de contrôle. Les autorités canadiennes ont dû se résoudre à en laisser brûler une bonne partie.

Les incendies sont principalement concentrés dans les régions les moins habitées, limitant certes les dégâts humains et matériels mais affectant la forêt boréale, avec de lourdes conséquences sur l’environnement.

Des mégafeux ravagent actuellement le Canada, avec une concentration particulière en Alberta, Nouvelle-Écosse et Québec. Les Territoires du Nord-Ouest sont aussi touchés avec près de 90 incendies actifs et 800 000 hectares brûlés. Une dizaine de foyers sont désormais déclarés hors de contrôle par les autorités qui ont dû se résigner à les laisser brûler. Carte : Fire Information for Resource Management System US / Canada.

Nuage de fumée et astres rouges

Ces incendies ont aussi touché indirectement l’Europe et les Etats-Unis : villes plongées dans une atmosphère brumeuse et qualité de l’air qui se déteriore dans plusieurs régions, la fumée issue des feux de forêt s’est diffusée dans l’hémisphère Nord.

Cette vidéo, datée du 8 juin dernier, montre le déplacement de la fumée générée par les incendies du Canada sur le continent nord-américain. Vidéo : NOAA.

La presse a largement relayé l’information depuis fin juin et les images spectaculaires de soleil et de lune rouges – phénomène lié à la présence de particules de fumée dans l’air – ont fait le tour des réseaux sociaux.

L’énorme nuage de fumée a aussi touché l’Arctique avec des conséquences possibles sur cet environnement déjà largement affecté par le réchauffement climatique.

Un cercle vicieux

Les incendies de forêt libèrent dans l’air des particules et des gaz toxiques, tels que les dioxydes d’azote et de soufre, le monoxyde de carbone et le CO2. Ceux-ci sont ensuite ramassés par les systèmes éoliens, transportés sur de longues distances avant de se déposer n’importe où. L’impact de ce phénomène est massif et n’affecte pas seulement la santé de la population. En se déposant sur les surfaces, ces particules peuvent assombrir les calottes glaciaires et les glaciers. Au lieu de refléter les rayons du soleil, la neige et la glace absorbent les radiations, ce qui les fait fondre et les réchauffe davantage. En outre, la hausse des températures et les vagues de chaleur assèchent les forêts, entraînant une augmentation des incendies qui, à leur tour, libèrent encore plus de particules et de gaz dans l’atmosphère.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a calculé que plus de 103 millions de tonnes de carbone ont été libérées dans l’atmosphère en 2014 à la suite de mégafeux qui avaient touché le Canada. À l’époque, plus de 4 millions d’hectares étaient partis en fumée.

Les vastes incendies qui ont en particulier touché ces dernières années les forêts du cercle polaire arctique, que ce soit au Canada, en Alaska, en Sibérie ou en Scandinavie, relèvent d’une tendance inquiétante : les forêts subarctiques et la toundra arctique brûlent à un rythme, une ampleur et une intensité sans précédent Et le cycle infernal de continuer ; en libérant des gaz, ces incendies contribuent à l’augmentation des températures qui font fondre le pergélisol qui lui-même contient de grandes quantités de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

En se réchauffant, les sols de tourbe et de pergélisol s’assèchent et libèrent davantage d’eau vaporisée, ce qui intensifie les tempêtes et donc la foudre, principale cause, avec les activités humaines, du déclenchement des incendies de forêt.

Les incendies dans les régions arctiques et subarctiques sont de plus en plus fréquents, étendus et violents, à l’image des feux de toundra qui ont ravagé la Sibérie l’année dernière. Image : Copernicus Sentinel Data 2022.

Plusieurs projets ont vu le jour afin de tenter de contenir le problème. Certaines initiatives se basent notamment sur une collaboration avec les populations autochtones et sur leurs connaissances. Mais sans une mobilisation internationale et de véritables mesures, il est difficile d’imaginer une réduction drastique de ces incendies qui ravagent les forêts.

Une chose reste cependant sûre : nous verrons encore souvent les astres du jour et de la nuit rouges. À travers les siècles, différentes cultures ont vu dans ces phénomènes un mauvais présage ou un avertissement face à une catastrophe imminente. Comment désormais leur donner tort ?

Mirjana Binggeli, PolarJournal

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