Le navire de croisière « Polarfront » renouvelle sa motorisation de 1976 | Polarjournal
Longue de 55 mètres et large de 10 mètres dans sa plus grande largeur, la coque renforcée pour la glace du Polarfront s’enfonce de 4,5 mètres dans l’eau et bat pavillon Français. Image : Latitude Blanche

En accord avec son modèle économique et la décarbonation du maritime, la compagnie Latitude Blanche rénove son navire pour qu’il puisse répondre aux politiques environnementales de l’Organisation Maritime Internationale et celle d’une clientèle plus exigeante.

La compagnie française de croisière Latitude Blanche placera son unique navire, le Polarfront, en arrêt technique au chantier Piriou de Concarneau en décembre prochain pour quatre mois d’arrêt, non sans répercussion financière pour cette petite entreprise d’environ 25 salariés, personnel navigant inclus.

Yann Le Bellec est le chef de Latitude Blanche, créée en 2017. « Il vient d’une famille marseillaise et, malgré un nom à consonance bretonne, ses ancêtres armoricains sont bien loin », peut-on lire dans la revue maritime Le Chasse-Marée. C’est dans sa ville natale, en 2005, qu’il commence ses études de Marine Marchande.

En 2017, il s’associe avec une camarade de classe qui a changé de projet il y a deux ans. Ensemble, ils ont racheté le Polarfront, un navire norvégien de 1976. Taillé dès l’origine pour relever des informations météorologiques par gros temps au point Mike à 66°N, il est passé dans le champ de vision des fondateurs de la compagnie de croisière en 2017. Après huit mois de travaux, le Polarfront est donc reparti en Arctique, région qu’il ne quittera que pour l’entretien annuel.

Depuis le début, Yann Le Bellec est partisan de la rénovation de l’existant. Le design des cabines reprend l’ameublement d’origine, même si lors de sa conversion en navire de croisière, elles ont été refaites à neuf. Au tour de la salle des machines, restée fidèle au navire depuis sa construction, d’être reprise.

Vue du moteur principal du Polarfront d’une puissance de 1 100 kW. Image : Latitude Blanche

Yann Le Bellec prévoit de supprimer le moteur et son arbre d’hélice en prise directe pour installer trois générateurs diésel qui alimenteront deux moteurs électriques. Sous la coque, l’hélice unique positionnée dans une tuyère sera remplacée par une hélice cinq pales battant en eau libre.

Ces changements auront une forte incidence sur le bruit. D’une part, le dispositif devrait améliorer le confort des passagers, et de l’autre, il devrait réduire le son du navire émis dans l’eau.

Les nouveaux générateurs travailleront à allure constante et seront physiquement détachés des hélices, ce qui devrait créer moins de vibrations.

Les hélices auront un plus grand nombre de pales permettant de mieux répartir leurs efforts sur l’eau et de moins caviter – c’est-à-dire produire du claquement dans l’eau -, facteur de dérangement de la faune marine.

La consommation du navire est aussi dans la ligne de mire du chef d’entreprise. Les trois générateurs pourront être réglés pour que leur effort soit optimal et fonctionner indépendamment les uns des autres et si le navire doit augmenter sa vitesse, les officiers peuvent passer de un à trois générateurs.

En 2021, l’Organisation Maritime Internationale a adopté une résolution sur la réduction des émissions de “noir de carbone” des navires dans l’Arctique, encourageant les États membres et les exploitants à atténuer ces émissions.

La machine du Polarfront sera donc équipée de filtres à particules et d’un système de limitation des oxydes d’azotes, autre gaz émis qui cause des problèmes respiratoires dans les villes.

Le projet de réforme estime que sa consommation totale de carburant sera réduite de 35 %, prenant en compte l’ajout d’une conduite de récupération de chaleur dans la salle des machines pour chauffer l’eau du bord.

Continuer avec l’existant, c’est le modèle de Latitude Blanche avec le Polarfront. Yann Le Bellec estime que la fonte des 1 000 tonnes d’acier pour refaire un navire neuf demanderait beaucoup d’énergie et lui coûterait deux fois plus cher. « Je n’ai pas envie que cela se répercute sur le prix des croisières », explique-t-il.

Ceci n’empêche pas d’innover. L’hiver dernier, le Polarfront faisait une escale technique en Bretagne et a rencontré la société SEA.AI. Elle teste à bord du Polarfront son dispositif de détection d’objets flottants pour l’adapter aux milieux polaires, ses caméras et ses senseurs thermiques sont braqués sur les eaux côtières du Svalbard, les icebergs et les souffles de baleines.

Camille Lin, PolarJournal

Vers la site de l’operateur Latitude Blanche

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