Au Groenland, l’autosuffisance alimentaire commence avec la pomme de terre | Polarjournal
De haute qualité, la pomme de terre groenlandaise pousse sans traitement chimique et est particulièrement résistante aux moisissures. Photo : Neqi A/S.

Le gouvernement du Groenland vise l’autosuffisance alimentaire avec une plus grande production de matières premières groenlandaises. Avec une première étape, la production locale de pommes de terre.

Des étals pleins de produits frais riches en couleurs et en saveurs. Et tous produits au Groenland. C’est ce qu’imagine Kalistat Lund, Ministre groenlandais de l’Agriculture, de l’Autosuffisance, de l’Énergie et de l’Environnement dans une lettre ouverte publiée le 4 août dernier. Il y soutient que des opportunités d’autosuffisance alimentaire peuvent être créées en produisant des denrées sur l’île. La pomme de terre n’est qu’un début et devrait ouvrir la voie vers des produits tels que rhubarbe, œufs, agneau, laitue, volaille, viande, algues, baies, miel et betteraves, tous produits localement.

Le projet est ambitieux : augmenter l’autosuffisance alimentaire de l’île d’ici à 2040, sans pour autant préciser comment et dans quelle mesure y parvenir.

Selon les chiffres du Naalakkersuisut, le gouvernement du Groenland, le degré d’autosuffisance de l’île est actuellement de 17 %. À titre de comparaison, l’autosuffisance alimentaire de la France et de l’Allemagne se situe autour des 80% et celle de la Suisse à 50%. Le Groenland se voit donc contraint d’importer la plupart de ses denrées alimentaires afin de compléter ce qui est produit ou prélevé sur place via notamment la chasse et la pêche. Toutefois, et comme le mentionne M. Lund, les aliments locaux ne sont souvent pas disponibles et lorsqu’ils le sont, ils peuvent rarement concurrencer les prix des biens étrangers.

Couvert à 80% de glace, le Groenland ne laisse pas beaucoup de place à l’agriculture et l’élevage. Pourtant, ces derniers se développent, principalement dans la partie sud, mais restent encore insuffisants pour nourrir les 56 000 habitants de l’île. (Photo : Visit Greenland)

Les importations rendent la région dépendante de l’extérieur, notamment du Danemark. Selon The Observatory of Economic Complexity, l’île importe principalement ses pommes de terre du Danemark dépensant ainsi plus d’un million de dollars. L’entreprise Neqi A/S, qui transforme et revend les denrées produites dans le sud de l’île, dispose notamment d’un contrat de service avec le gouvernement, redistribuant donc aux détaillants des tubercules cultivés hors de l’île.

Avec un paradoxe : Neqi A/S peine à écouler la marchandise alors même que nombre de magasins et supermarchés manquent de pommes de terre. Comme le relevait l’hebdomadaire groenlandais Sermitsiaq en mars dernier, l’entreprise n’a vendu que douze tonnes de pommes de terre sur les 72 tonnes achetées. Sur les 60 tonnes invendues, la moitié a été utilisée pour nourrir du bétail, principalement du mouton, le reste purement et simplement jeté.

Un gaspillage qui doit cesser

En cause, le manque de confiance du consommateur face à la qualité du produit revendu par Neqi A/S et qui touche en particulier la pomme de terre produite localement. En 2019, les pommes de terre groenlandaises comportaient des taches sombres et avaient été largement boudées au profit des produits importés. Un coup dur pour les détaillants qui depuis se méfient du local, préférant acheter et revendre des pommes de terre importées.

Or, s’il ne constitue pas une exception – chaque année, plusieurs tonnes de pommes de terre sont jetées à la poubelle -, ce gaspillage n’en est pas moins problématique dans un Groenland touché par l’insécurité alimentaire.

C’est dans cette optique, les politiciennes groenlandaises Mariane Paviasen et Stine Egede ont récemment relancé le débat sur la pomme de terre, appelant le ministère de l’Agriculture, de l’Autosuffisance, de l’Énergie et de l’Environnement à faire part de ses plans pour un meilleur approvisionnement alimentaire. À quoi, le ministère avait répondu qu’il préparerait la première stratégie d’autosuffisance alimentaire. Pour l’instant, cette stratégie porte surtout sur l’amélioration des conditions-cadres pour les producteurs groenlandais afin de rendre distribution, transport et vente des aliments locaux plus faciles. Tout en appelant l’ensemble des parties, du producteur aux consommateurs, à consommer en priorité les produits locaux, en commençant par la pomme de terre groenlandaise.

Mirjana Binggeli, PolarJournal

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