L’école au Nunavut, entre déficit de personnel et bâtiments vétustes | Polarjournal
Le manque d’enseignants est un problème récurrent au Nunavut. Le territoire compte 45 écoles qui accueillent 10 000 élèves, de la maternelle à la douzième année (terminale). Carte : Gouvernement du Nunavut

Les élèves du Nunavut connaissent une rentrée scolaire marquée par la pénurie d’enseignants et des problèmes d’infrastructures en partie liés à la vétusté des bâtiments.

Le Nunavut manque d’enseignants. Alors que la rentrée des classes a déjà eu lieu, 81 postes de travail sont à pourvoir dans les écoles du territoire canadien qui compte plus de 870 postes d’enseignants. D’après les informations diffusées par Radio-Canada, il manque 36 enseignants dans la région de Qikiqtani, 23, dans la région de Kivalliq, et 22, à Kitikmeot. Des chiffres qui rappellent ceux de la rentrée 2022 où 90 enseignants manquaient aux effectifs.

Une situation qui n’est pas nouvelle : chaque année, le Nunavut rencontre des problèmes à recruter des enseignants ce qui engendre des sous-effectifs dans les écoles. Avec le risque de voir le personnel en place s’épuiser. En cause, la crise du logement qui affecte la région. En effet, les enseignants doivent souvent partager leur logement avec leurs collègues les amenant à travailler et à vivre ensemble dans une communauté isolée. Plusieurs employés renoncent à renouveler leur contrat une fois l’année terminée. 

En outre, le personnel en place doit aussi faire avec des infrastructures vétustes, voire dangereuses. Entre janvier et décembre 2022, les 45 établissements scolaires du Nunavut ont déposé  3 900 demandes de travaux, révélait récemment le journal Nunatsiaq News. D’après les documents consultés par le média, qui vient de publier deux articles d’une série de trois sur l’état de l’infrastructure scolaire du territoire, les demandes de réparations portent autant sur l’entretien que sur des fuites de carburant ou des problèmes de sécurité.

Infiltration de carburant, moisissures, inondations des salles de classe, absence de chauffage, l’état de certains bâtiments scolaires du Nunavut génèrent nombre de problèmes obligeant parfois même les écoles à fermer provisoirement leurs portes durant les réparations. Ici, l’école John Arnalukjuak High School dans la communauté d’Arviat. Cette dernière a déposé plus de 600 demandes de travaux en 2022. Photo : eanoee, via Wikimedia Commons. 

Certaines demandes mentionnent même des dangers potentiels pour les élèves, notamment des portes qui claquent et risquent de blesser les doigts des enfants, ou des portes intérieures qui enferment les élèves dans des portions de couloir dont ils ne peuvent s’échapper en cas d’urgence. Les établissements font en outre fréquemment l’objet d’effractions ou d’actes de vandalisme. 

Le gouvernement du Nunavut dépense plus de $C 18 millions (plus de 12 millions d’euros) chaque année pour l’entretien de ses écoles, dont les bâtiments sont mis à rude épreuve par les conditions climatiques.  En outre, maintenance et réparation sont souvent synonymes de fermeture.

Rien qu’au cours de cette année, quatre écoles ont connu une fermeture pour un total de 81 jours. Lorsque cela se produit, la direction de l’école doit trouver une alternative, soit en trouvant un autre lieu pour y héberger la classe, parfois sur la base d’un tournus où les élèves suivent les cours à tour de rôle, soit en travaillant depuis la maison. Toutefois, l’apprentissage à distance peut vite être limité pour des questions d’accès aux technologies nécessaires. Ce qui n’est pas sans conséquences sur l’apprentissage : « Des fermetures de cette nature auraient certainement un impact sur l’éducation des élèves, ainsi que sur la capacité des enseignants à effectuer leur travail », déclarait à Nunatsiaq News Justin Matchett de la Nunavut Teachers’ Association, organisation représentant les enseignants du territoire.

Une situation liée principalement à la vétusté de certains bâtiments scolaires. Ainsi, huit établissements sur les 45 que comptent le Nunavut n’ont pas connu de rénovation depuis plus de 20 ans et un peu moins d’un quart des écoles ont été construites entre 1968 et 1979.

Image d’illustration : Pixabay

Mirjana Binggeli, PolarJournal

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