La Laponie subit des changements irréversibles en raison du réchauffement climatique | Polarjournal
Des paysages de toundra et de taïga, de nombreux lacs et des forêts de bouleaux et de conifères, des hivers froids (jusqu’à -40°C) qui s’étendent de mi-octobre jusqu’en mai. Avec le réchauffement climatique, le visage de la Laponie devrait toutefois changer dans les décennies à venir, selon le Finnish Environment Institute. Image : Mirjana Binggeli

La Laponie se réchauffe, menaçant les espèces et entraînant des changements dans l’environnement rapides et en partie irréversibles.

Fonte des palses et du pergélisol, disparition des forêts de bouleaux, espèces animales indigènes menacées et apparition d’espèces étrangères qui rendront encore plus difficiles la vie des premières, hivers plus tardifs et plus doux, moyens de subsistance affectés pour les populations locales. Et une hausse des températures de 4 à 5°C si l’on s’en tient aux mesures climatiques ayant actuellement cours. Et comme si les nouvelles n’étaient pas assez mauvaises, tout ceci devrait se dérouler au cours d’une vie d’humain.

C’est le sombre tableau dressé par le Finnish Environment Institute (Syke) dans un communiqué de presse diffusé le 29 septembre dernier sur son site Internet.

L’institut a basé son analyse sur des données provenant de la région de Tunturi en Laponie, dans le nord-ouest du pays, une zone déjà plus chaude de deux degrés par rapport à l’ère préindustrielle. L’analyse a été réalisée avec la participation de l’Institut météorologique finlandais, de Metsähallitus Parks&Wildlife, de l’université d’Umeå et d’autres universités et instituts de recherche et d’expertise nordiques.

Alors que la Laponie finlandaise a enregistré cette année son été le plus chaud, les changements dans l’environnement naturel du Nord seront rapides et en partie irréversibles, selon le Syke.

Les palses sont de petites buttes typiques du pergélisol intermittent, également appelé mollisol, qui gèle en hiver et dégèle en été. On les retrouve principalement dans les tourbières. Leur nom, qui vient du mot same Palsa, renvoie d’ailleurs à une zone surélevée d’une tourbière et dotée d’un cœur de glace. Image : Riku Lumiaro, Syke

De profonds changements dans le nord de la Finlande

Changement et disparition des biotopes à mesure que les palses et le pergélisol fonderont et que les forêts de bouleaux mourront se transformant en landes de montagne secondaires et en forêts de pins. Le paysage arctique devrait verdir à mesure que les espaces ouverts seront envahis par les broussailles et les herbes.

Les espèces animales indigènes et typiques de ces régions du Nord seront menacées et certaines pourraient disparaître complètement. A l’heure actuelle, près de 40% des espèces rencontrées dans les zones de forêt ouvertes sont déjà menacées.

Dans le même temps, de nouvelles espèces, telles que le saumon rose (Oncorhynchus gorbuscha), la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) ou encore le renard, devraient se propager et menacer davantage la survie des espèces indigènes.

Les eaux de cette région lacustre devraient elles aussi se modifier en devenant plus troubles et se charger de sédiments, créant ainsi un terrain favorable à la prolifération des algues.

Les hivers seront plus tardifs et plus doux, ce qui aura des répercussions négatives sur de nombreux secteurs économiques importants pour la subsistance des populations locales, tels que l’élevage de rennes, le tourisme axé sur la nature et la construction.

La question n’est pas de savoir « si » mais plutôt « combien »

Une région qui continuera de se réchauffer de 2 ou 3°C supplémentaire au cours des 50 prochaines années, même si la plupart des pays atteignent les objectifs de réduction des émissions établis dans le cadre de l’accord de Paris, sans imposer toutefois d’objectifs plus stricts.

Par contre, si rien n’est fait pour contrôler l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, c’est une augmentation de 7°C qui menace la Laponie : « La hausse des températures pourrait toutefois être limitée à 3 ou 4 degrés si tous les pays introduisaient de nouvelles restrictions strictes et globales dans la production d’énergie, les transports, la construction, la production et la consommation alimentaires. », mentionne le Syke dans son communiqué.

Plus qu’une analyse

L’analyse a été effectuée dans le cadre de l’exposition Through the eyes of the gyrfalcon dont le vernissage aura lieu le 20 octobre prochain en Finlande.

L’exposition Through the eyes of the gyrfalcon a été créée dans le cadre du projet mis sur pied par le Syke « Mitigating the impacts of climate change on biodiversity in the Barents Region (BARIMS) ». L’objectif est de promouvoir la coopération régionale du point de vue de la durabilité et de la sauvegarde de la biodiversité dans la région euro-arctique et arctique de Barents. Image : Capture d’écran du site de l’exposition.

L’exposition, qui effectuera une tournée dans le pays ainsi qu’en Suède et en Norvège entre 2023 et 2026, rassemble pour la première fois des informations complètes sur l’impact du changement climatique dans le nord de la Norvège et en Laponie finlandaise et suédoise, et montre comment le changement climatique affectera l’environnement, les moyens de subsistance et la vie des populations locales.

Combinant photographies et données scientifiques, Through the eyes of the gyrfalcon décrit la nature de la région de Barents à travers les yeux d’une jeune femelle faucon gerfaut que l’exposition invite à suivre dans sa recherche d’un lieu où se reproduire. Une quête qui se fera dans un environnement qui change. Irréversiblement.

Lien vers le site de l’exposition : https://barentsnature.fi/en/

Mirjana Binggeli, PolarJournal

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