Préparer la sexualité dans les bases scientifiques pour éviter les violences | Polarjournal
Une vue artistique de la station palmer en Antarctique. Image : Chloe DaMommio, John H. Postlethwait et Thomas Desvignes / NSF

La mixité des stations scientifiques pose un certain nombre de questions à propos des relations entre hommes et femmes, auxquelles les hivernants de l’Institut Polaire Français ont été préparés avant leur départ. En toile de fond, la violence qui n’épargne pas ces lieux de vie, mais aussi l’amitié, la convivialité et parfois l’amour fusionnel.

Mardi 26 septembre, à l’Institut Polaire Français de Brest, des volontaires du service civique suivaient une après-midi de formation sur la santé et la psychologie avant leur départ vers les bases scientifiques françaises et franco-italienne pour une longue mission.

Les thèmes de la vie en communauté, du confinement, de la sexualité et des violences sexuelles et sexistes ont été abordés par des psychologues, médecins et le collectif national NousToutes.

L’Institut Polaire Français, a invité NousToutes pour sensibiliser les nouveaux volontaires aux comportements à adopter en tant que témoin ou victime par exemple. « En vase clos, ce sont les moments festifs où l’alcool est présent, où peuvent avoir lieu des violences sexuelles et sexistes. » expliquent-elles.

« On nous a parlé d’un monsieur qui est allé toucher les parties intimes d’une femme pendant un moment festif lors des années précédentes, c’est une agression sexuelle, clairement. » rappellent-elles.

Ce genre de geste est puni par le pénal. « Des formes de harcèlement peuvent être condamnées à deux ans de prison, 30 000 euros d’amende, » précise Paul Laforet, le médecin formateur.

En 2022, le chef de district de l’île de Saint-Paul et Amsterdam, officier de police judiciaire, dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises, recevait une plainte pour un acte de harcèlement sexuel commis, un mois plus tôt, par un homme sur une femme.

Cette même année, la National Science Fondation livrait un rapport concernant les bases états-uniennes. Interrogées pour l’étude, 59 % des femmes disent avoir été harcelées ou agressées sexuellement. Soixante-douze pour cent attestent de l’existence de ce problème.

Par ailleurs, des femmes témoignent d’une absence de soutien de la hiérarchie et d’autres plaintes ont suivi le rapport. Le Congrès a organisé une enquête approfondie sur les cinq années précédant 2022.

Manifestation en soutien aux droits des femmes à Lille le 8 mars 2022. Image : Camille Lin

Dans un cas comme dans l’autre, les affronts psychologiques ont été décuplés par l’isolement, avec la contrainte de devoir vivre avec son agresseur. Certaines femmes déclarent que ces violences sont minimisées par leurs employeurs. Des exemples révèlent des problèmes de recrutement, de personnel aux antécédents violents.

Les Terres Australes et Antarctiques Françaises ont alors édité une charte sur les violences et le harcèlement sexuels et sexistes, attestant la conduite de tests d’aptitude psychologique, formations, et de la mise à disposition de soutien psychologique et administratif.

La charte insiste sur le « oui, enthousiaste, explicite, lucide et réciproque » comme forme de consentement et que les violences sexuelles et sexistes « peuvent concerner les femmes comme les hommes. »

Le violentomètre, en vert des relations normales, puis à partir du jaune la situation se dégrade. « Le médecin de là-bas pourrait fournir des outils à la base et la sensibiliser, car l’outil évoque des cas concrets avec des phrases simples que tout le monde peut comprendre », explique NousToutes. Image : Centre Hubertine Auclert

« J’ai dit au début, « il n’y a que 17 filles, on n’y touche pas », car c’est la minorité. » expliquait en janvier à franceinfo Valérie Covacho, ancienne cheffe de district des Kerguelen.

Une minorité qui n’est pas un biais de sélection, « mais un manque de candidates, » rappelle le docteur. Les missions sont mixtes depuis 1994. « Si une fille veut lire tranquillement dans un canapé sans être sollicitée, elle devrait le pouvoir. » ajoute le médecin.

Des affichages préventifs devraient être déployés lors des moments de fêtes. Le « safe bar » pointe le consentement comme élément clé pour toute relation entre deux personnes. Ce sont des fiches qui présentent le comportement à suivre, lorsqu’on est un témoin actif, en cinq actes : distraire, diriger, déléguer, dialoguer, documenter.

« C’est engager les gens à prendre leur responsabilité en tant que témoins, » explique le collectif. C’est-à-dire rejoindre la victime et distraire l’agresseur, le raisonner en dialoguant, documentant la scène et en donnant des ordres clairs pour stopper l’action avec un signe de la main.

Il est possible de déclarer des violences sur le site du collectif NousToutes, sur le tchat En Avant Toutes et le réseau FranceVictime. Sur les bases, le chef ou la cheffe de district et le médecin sont là également pour s’entourer ou la déposition d’une plainte.

À accueillir bras ouverts

Pendant leur mission, des couples auront le droit de vivre leur relation, mais les psychologues rappellent que la discrétion est une délicatesse à avoir envers les gens qui n’auront pas de relation sur place, pouvant les renvoyer au vide qu’ils affrontent au quotidien.

« Avant cette phase-là, si l’on tombe amoureux, il faut être bienveillant dans les approches. » rappellent ces dernières.

D’autres événements plus joyeux pourraient survenir pendant l’hivernage. Certains fortement déconseillés malgré tout, comme les grossesses, car le personnel médical n’est pas en mesure de faire face à des complications.

D’autres, à accueillir bras ouverts, « comme une forme d’apprentissage, » estiment les psychologues. L’homosexualité y est parfois expérimentée. Ou comme certaines années, un vrai mariage civil ou religieux.

Camille Lin, PolarJournal

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