Une espèce hybride de macareux est née avec le réchauffement climatique | Polarjournal
Les macareux appartiennent à la famille des alcidés. Ces sympathiques oiseaux sont très populaires auprès du grand public pour leur joli bec coloré et les motifs autour de leurs yeux qui leur donnent un air clownesque. Les macareux moines ne vivent qu’en Atlantique nord avec des populations dans les pays d’Europe du Nord et d’Amérique du Nord. On estime le nombre de macareux moine entre 12 et 14 millions d’individus. Image : Mirjana Binggeli

En raison du réchauffement climatique, deux sous-espèces de macareux se sont mélangées au début du siècle dernier, créant une espèce hybride.

Telles sont les conclusions d’une étude publiée la semaine dernière dans la revue Science Advances par une équipe de scientifiques de l’Université d’Oslo. Et la cause de cette hybridation est à rechercher du côté des prémisses du réchauffement climatique.

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs ont examiné le génome des macareux de Bjørnøya, une île située à environ 225 km au sud de l’archipel du Svalbard. Ils ont découvert que les macareux qui y vivent sont le résultat d’une hybridation qui a commencé en 1910.

Les macareux de l’Atlantique nord sont divisés en trois sous-espèces. F. a. naumanni que l’on retrouve dans le Haut-Arctique, au Svalbard, à l’est du Groenland et au nord de la mer de Baffin. Dans le reste de l’Arctique, notamment en Islande, sur la côte ouest du Groenland et dans le nord des continents américain et européen, c’est la sous-espèce F. a. arctica qui est présente. Enfin, F. a. grabae se situe dans la zone du Royaume-Uni et nord de la France. Les analyses génétiques ont révélé que ces trois espèces ont commencé à diverger les unes des autres il y a 40 000 ans. Chacune d’elles a ensuite évolué sur différentes îles de l’Atlantique nord, indépendamment les unes des autres.

Puis, au début du 20ème siècle, l’espèce présente dans le Haut-Arctique, F. a. naumanni s’est déplacée vers le sud : « […] l’hybridation entre la sous-espèce de grande taille du Haut-Arctique, F. a. naumanni et la sous-espèce tempérée de plus petite taille F. a. arctica a commencé il y a seulement six générations en raison d’une expansion inattendue de l’aire de répartition de F. a. naumanni. », indiquent les auteurs.

La carte montre les aires de répartition des trois sous-espèces de macareux moine. La fenêtre à droite présente la zone d’étude principale où figure la population hybride de Bjørnøya. Les dates d’échantillonnage sont indiquées entre parenthèses. Carte : Oliver Kersten et al.

Pour les scientifiques, la cause de ces déplacements vers le sud qui ont généré ce métissage est liée au réchauffement climatique. Ce dernier pousse en effet la faune et la flore vers des environnements plus favorables, augmentant le potentiel d’hybridation entre espèces ou populations d’une même espèce. 

Dès le début du 19ème siècle, l’Occident entame sa révolution industrielle et se met à émettre de grandes quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. On ne le sait pas encore à l’époque, mais l’humanité vient de poser les premiers jalons de ce qui deviendra, deux siècles plus tard, la plus grande menace pour sa survie et celles d’autres espèces animales et végétales. Pour les macareux toutefois, les effets du réchauffement se seraient faits sentir un siècle après les débuts de la révolution industrielle, poussant les colonies du nord de l’Arctique à se déplacer plus au sud. Les chercheurs ignorent toutefois si la raison de ce déplacement est liée à un changement de température ou à une perturbation dans la chaîne alimentaire.

Les macareux de Bjørnøya ne sont pas différents des macareux du reste de l’Atlantique nord. Pourtant, des analyses génétiques ont révélé qu’ils sont le résultat d’une hybridation entre deux sous-espèces. Image : Gary Bembridge from London, UK, via Wikimedia Commons

Mais les observations des auteurs ne s’arrêtent toutefois pas là. Ils ont en effet constaté que les trois sous-espèces qui constituent la population de macareux de l’Atlantique nord ont perdu leur diversité génétique au cours du siècle dernier. Une mauvaise nouvelle lorsqu’on sait qu’une diminution de cette diversité a un impact négatif sur la reproduction et la résistance des individus aux maladies et parasites. 

Les espèces sont également plus fragiles face au changement climatique. « Le macareux moine est actuellement désigné comme « vulnérable » à l’extinction à l’échelle mondiale et « en danger » en Europe. », relève Oliver Kersten, postdoctorant au Département des biosciences de l’Université d’Oslo et auteur principal de l’article.  « Notamment, Røst (Norvège), autrefois la plus grande colonie du monde, a perdu plus de 80 % de ses couples reproducteurs au cours des 40 dernières années. De même, les macareux islandais et féroïens connaissent une faible productivité et une croissance démographique négative depuis 2003. Ces déclins de population ont au moins en partie été attribués aux changements dans la disponibilité des proies dus au changement climatique et à la surpêche. »

Mirjana Binggeli, PolarJournal

Lien vers l’étude : Oliver Kersten et al., Hybridization of Atlantic puffins in the Arctic coincides with 20th-century climate change.Sci. Adv.9,eadh1407(2023).DOI:10.1126/sciadv.adh1407

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