Une nouvelle technologie détecte les tanières d’ours | Polarjournal
Une ourse polaire avec ses deux jeunes oursons. Les femelles passent généralement six mois dans une tanière avec leurs petits, encore incapables de supporter les éléments extérieurs. Des mois de grande vulnérabilité pour la mère et ses petits. Image : Michael Wenger

Des scientifiques ont testé des nouvelles technologies pour localiser des tanières d’ours afin de renforcer la protection les mères leurs petits.

Si l’utilisation de radar et de satellites n’est pas nouvelle dans le traçage et la surveillance des ours blancs, cette dernière avancée technologique se concentre en particulier sur la localisation des tanières, enfouies dans la neige et presque invisibles.

Fruit d’une collaboration entre l’université Simon Fraser et l’université Brigham Young (BYU), ainsi que Polar Bears International, l’étude pilote a été menée à Churchill (Manitoba) au Canada en octobre 2021. L’endroit est largement connu pour ses rassemblements d’ours polaires qui y attendent la formation de la glace de mer.

Les chercheurs ont testé un système d’imagerie basé sur le radar à synthèse d’ouverture (RSO) et ont obtenu des résultats prometteurs avec un taux de détection de 66 %. Vingt pour cent de plus que le système actuellement utilisé, qui repose sur la détection aérienne infrarouge FLIR et dont le taux de détection est de 45 %. En outre, le système RSO fonctionne quelles que soient la température et les conditions météorologiques, une condition sine qua non dans l’environnement arctique.

Les antennes RSO sont fixées au-dessus des patins d’un hélicoptère. Les capteurs sont ensuite reliés à l’électronique du radar dans la cabine. Image : Brent George et al.

Contrairement au FLIR, qui utilise la technologie thermique pour suivre les ours grâce à leur chaleur corporelle, le RSO utilise des signaux micro-ondes capables de pénétrer la glace et la neige. Le système peut « voir » à la fois la surface supérieure de la neige, la surface du toit de la tanière et l’intérieur de la cavité de la tanière », explique Bernhard Rabus, professeur de sciences de l’ingénieur et l’un des auteurs de l’article. Cet avantage permet non seulement de distinguer un ours d’un rocher, mais surtout d’éviter les faux positifs ou négatifs que l’on trouve souvent dans la technologie FLIR.

Selon les auteurs, qui ont publié leurs résultats le 12 octobre dans la revue URSUS, « le RSO pourrait être un candidat prometteur pour devenir un outil efficace de détection des ours polaires, en particulier lorsqu’il est associé à d’autres capteurs tels que le FLIR ».

Churchill a été choisi par les chercheurs en raison des nombreux emplacements connus d’ours sur une petite zone. Au moment de l’expérience (octobre 2021), les ours étaient tous à la surface et mobiles ce qui permettaient de les distinguer depuis le sol, notamment depuis des camions ou des buggys. L’équipe au sol relevait alors les coordonnées GPS de leur emplacement et les transmettait à l’équipe chargée de planifier les trajectoires de vol en hélicoptère. Un système qui permettait de tester si les animaux pouvaient être identifiés sur les images RSO.

La période des naissances est un moment délicat pour les ours polaires car c’est une période de grande vulnérabilité. Elle donne naissance à un à trois oursons, qui sont aveugles, sans réserves de graisse et à la fourrure fine et peu isolante. La femelle va donc les allaiter avec un lait particulièrement riche pendant plusieurs mois, généralement de décembre à avril. Pendant cette période, l’ourse reste dans sa tanière, littéralement ensevelie sous la glace et la neige, ce qui la rend pratiquement indétectable.

Cela pose un réel problème dans les régions où les activités humaines, notamment industrielles, se développent, augmentant les risques de déranger les ours et leurs petits. Il est donc urgent de développer et d’améliorer les technologies permettant une meilleure détection des tanières.

Mirjana Binggeli, PolarJournal

Lien vers l’étude : Brent George, Terri Bateman, Mckay Formica, Wyatt Gronnemose, Nicholas Hilke, Usman Iqbal, B.J. Kirschoffer, Bernhard Rabus, Tom Smith, Jeff Stacey, Lucas Stock, Evan Zaugg, David Long. On evaluating the efficacy of air-borne synthetic aperture radar for detecting polar bears: A pilot study. Ursus, 2023 ; 2023 (34e6) DOI : 10.2192/URSUS-D-22-00018

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