Gabriel Boric retourne en Antarctique avec António Guterres | Polarjournal
La base chilienne Base Eduardo Frei Montalva (ici en 2006) se situe dans la la baie de Fildes sur l’île du Roi-George. Image : Mefisto29 / Wikimedia Common

Le Chili n’hésite pas à tirer parti de sa position géographique avec le continent blanc et, cette fois-ci, lancer un message d’alerte pour le climat.

Lors de la remise des couleurs nationales aux athlètes chiliens pour les Jeux parapanaméricains, le président du Chili, Gabriel Boric en a profité pour annoncer son voyage en Antarctique, au cours duquel il sera accompagné du secrétaire général de l’ONU António Guterres. Aujourd’hui, ces deux représentants politiques se rendent sur l’île du Roi-George par les moyens armés de l’aviation chilienne.

Ce n’est pas la première visite présidentielle : le 23 juin dernier, Gabriel Boric s’était rendu dans l’archipel des Shetlands du Sud, sur l’île du Roi-George, pour rejoindre la base Comandante Frei. Le président et la secrétaire générale du gouvernement (Camila Vallejo), la ministre de l’Environnement (Maisa Rojas), la ministre de la Défense (Maya Fernández) et le ministre des Sciences (Aisén Etcheverry) ont, pendant leur visite, participé au lancement dans l’atmosphère d’un ballon météorologique avec l’Institut Chilien de l’Antarctique (INACH).

Ce deuxième voyage ne va pas sans susciter les critiques de l’opposition. L’économiste Jose Luis Daza, ancré à droite, en a profité pour commenter sur X (ex-Twitter) : « Boric voyage sur un vol spécial, privé, pour voir les dommages qu’il cause à l’Antarctique. » Suite à quoi le président lui a répondu : « Je vais proposer au secrétaire général des Nations unies de remplacer l’armée de l’air chilienne par un canoë pour que des gens comme vous n’aient pas à traverser cette mauvaise passe. »

En dehors des bras de fer internes, les voyages diplomatiques en Antarctique sont une spécialité du Chili. En 1948, le président Gabriel González Videla a été le premier chef d’État à visiter le continent blanc, pour des motifs aujourd’hui caducs. Les revendications de souveraineté de ces territoires sont gelées depuis 1961.

« Un appel à l’action »

La dernière visite d’un secrétaire général des Nations unies en Antarctique date de 2007. Ban Ki-moon s’y était rendu par les moyens militaires et aériens du Chili, et avait visité le glacier Collins, sur l’île du Roi-George puis la base coréenne de Sejong.

Cette fois-ci, António Guterres rendra visite aux glaciers Nelson et Collins, dont la fonte est un signe du réchauffement climatique. Leur retrait laisse apparaître des roches nouvellement libérées des glaces. Le secrétaire général de l’ONU pense utiliser cette expérience pour « un appel à l’action à la hauteur de l’ampleur de la crise à laquelle nous sommes confrontés », a-t-il déclaré en préparation de la COP28. Le 14 novembre dernier, les Nations unies soulignaient dans une déclaration l’échec en cours du respect de l’objectif des Accords de Paris sur le climat, c’est-à-dire rester sous les 1.5°C de réchauffement.

Le ministre des Affaires étrangères chilien Alberto Klaveren a reçu Antonio Guterres ce mardi. Source : ministère des Affaires étrangères du Chili / X (ex Twitter)

Ces visites sont pour le Chili une occasion d’entretenir une image de prestige de sa politique internationale. Il nourrit par exemple des relations bilatérales par le biais de sa proximité au territoire. Comme avec l’Équateur, qui a profité du ATF Lautaro de l’armée chilienne pour lancer sa 25e expédition en octobre 2020. Ou encore avec la Chine, avec l’invitation faite à Xi Jinping prévue l’année prochaine.

« Xi Jinping en profitera peut-être pour visiter la station Grande muraille située à proximité de la base Comandante Frei, ce qui pourrait donner lieu à des accords scientifiques », commente Miguel Angel Salazar Urrutia, chercheur au Centre de recherches internationales de Science Po et de l’Institut Milenio BASE au Chili.

La base antarctique Grande Muraille (ici en 2011) a été construite en 1985, c’est une base scientifique ravitaillée par les navires Xue Long I et II. Image : Seleonov / Wikimedia Common

Le Chili planifie d’ailleurs la construction d’un centre antarctique international avec des laboratoires de sciences dans le sud du pays et un port logistique pour rallier l’Antarctique. « Ils veulent se spécialiser dans la logistique des sciences, alors que le port argentin d’Ushuaïa est lui plus tourné vers l’activité touristique, » rappelle le chercheur.

La visite chinoise pourrait aussi permettre d’étoffer les liens bilatéraux en dehors de l’Antarctique. La Chine a investi dans le nord du pays, à Mejillones, 233 millions de dollars dans l’usine d’extraction de lithium de l’entreprise Yongqing Technology, une filliale de l’entreprise chinoise Tsingshan Holding Group, spécialisée dans la fabrication de nickel et d’acier inoxydable. Actuellement, les produits agricoles chiliens intéressent également la Chine, entre autres le vin, le miel et l’eau-de-vie.

Négociations multilatérales

« Le Chili utilise l’Antarctique comme une place de coopération lors de négociations bilatérales mais aussi multilatérales », explique Miguel Angel Salazar Urrutia. Cette visite pourrait susciter des critiques de la part des membres du Traité antarctique. Notamment parce que la visite de l’ONU représente un rapprochement du système onusien avec celui du système Antarctique.

« Historiquement la volonté des membre du Traité est de garder le système antarctique éloigné de celui du système onusien, nous explique Miguel Angel Salazar Urrutia. À voir ce qu’il se passera lors de la prochaine Réunion consultative du Traité sur l’Antarctique (RCTA) en Inde. » Le Chili endosserait ici un rôle symbolique de représentation du Traité.

D’autre part, « le Chili est dans une position intermédiaire qui pourrait éventuellement débloquer les négociations sur les aires marines protégées », commente-t-il. En effet, la Chine et la Russie bloquent les négociations internationales destinées à protéger les espaces maritimes de la pêche autour de l’Antarctique.

Malgré le positionnement géographique très avantageux du Chili pour accéder à l’Antarctique, il a certains rivaux. « L’Australie et l’Argentine se livrent également à une course à la représentation pour être identifiées comme les portes d’entrée vers l’Antarctique », rappelle-t-il.

Camille Lin, PolarJournal

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