Rétrospective 2023 : les populations autochtones circumpolaires au centre de l’Arctique | Polarjournal

L’année 2023 aura vu plusieurs projets et événements visant à renforcer l’auto-détermination et la présence des populations autochtones circumpolaires dans la recherche scientifique, en Arctique et sur la scène internationale. L’occasion pour le PolarJournal de faire une rétrospective sur ce sujet plus d’actualité que jamais dans un Arctique face au changement climatique.

La première partie de l’année a vu un projet intéressant émerger au Groenland, Paasisavut. Organisé par l’Université du Groenland et l’International Arctic Hub, le but de cet événement télévisé était de réunir des chercheurs venus présenter leurs travaux devant un public et un jury composé d’experts. Avec, à la clef, un prix de 25 000 couronnes danoises (environ 3 300 euros) pour le gagnant. Une manière à la fois de présenter la science à un public de tous horizons, mais aussi de mettre en valeur la recherche scientifique au Groenland.

Autre évenement scientifique d’importance, l’ArcticNet ASM2023 qui a tenu, pour la première fois en 19 ans, son colloque annuel en Arctique, plus préciséemnet à Iqaluit dans le Nunuvat. Près de la moitié des participants étaient des chercheuses et chercheurs venus de l’Arctique et qui ont pu faire part des obstacles rencontrés dans la recherche.

Au-delà de la recherche scientifique à proprement parlé, on voit aussi émerger nombre de projets visant à promouvoir et à faire circuler, au sein d’une société jeune, les savoirs traditionnels inuit et la langue locale. À l’image du Nunavik qui a organisé, dans les écoles, des ateliers de construction de qajaq pour permettre aux élèves de renouer avec leurs racines. Ou encore, le Nunavut avec son projet Inuksiutilirjiit, qui existe déjà depuis plusieurs années et qui permet aux aînés d’apporter une contribution précieuse dans les écoles en enseignant les connaissances et compétences traditionnelles.

Ou encore « SIKU – The Indigenous Social Network », véritable plateforme de partage de connaissances et d’observations. Initié il y a quatre ans, ce réseau social permet aux communautés autochtones de l’est du Groenland jusqu’en Alaska de partager et échanger des informations sur l’état de la glace, sur la faune ou la chasse. Des informations cruciales, notamment en termes de sécurité, qui s’ajoutent à la possibilité de partager des savoirs traditionnels dans la langue locale.

L’année 2023 aura également vu la signature d’accords visant à garantir une plus grande implication des Inuit dans la gestion de ressources ou de sites. Ainsi, un accordsigné en août entre le gouvernement canadien et les représentants des populations locales et autochtones de l’Inuvialuit, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest garantissait une gestion partagée des ressources pétrolières et gazifières dans l’Arctique occidental. Autre exemple, en avril, le Canada confiait la conservation et la gestion par les communautés inuit de Kitikmeot des épaves du HMS Erebus et du lieu historique national HMS Terror.

Toutefois, ces projets ne doivent pas masquer le fait qu’il reste encore pas mal de chemin à faire pour arriver à une véritable inclusion des communautés autochtones circumpolaires dans la recherche scientifique, en Arctique et sur la scène internationale. 

C’est ce que relevait un article publié dans Science (et que nous vous présentions en juillet dernier). Les auteurs y expliquaient que les violations des droits autochtones par les chercheurs sont encore trop souvent monnaie courante. Et de plaider pour une inclusion des communautés et de leur savoir dans la recherche tout en obtenant leur consentement dans la conduite de travaux de recherche, le respect de leur propriété intellectuelle et la valorisation du travail avec ces communautés.

Une manière de remettre les populations autochtones circumpolaires au centre d’un Arctique qui a trop longtemps été considéré comme un territoire à conquérir et vide d’habitants, avant de faire les frais de politiques de colonisation dont les répercussions se font toujours très présentes aujourd’hui.

L’année s’est d’ailleurs achevée sur un appel de l’ICC à la COP28 et sur la présence des communautés circumpolaires à la conférence sur le climat, en particulier celle du ministre groenlandais de l’agriculture, de l’autosuffisance, de l’énergie et de l’environnement, Kalistat Lund, dont le pays vient de confirmer son adhésion à l’Accord de Paris. Lund avait d’ailleurs mis l’accent sur l’accueil, particulièrement positif, qu’il avait reçu à la conférence, rappelant l’importance que la voix des populations locales soit entendue et qu’elles aient une véritable influence sur les négociations mondiales relatives au climat.

Un signe que les choses bougent ? À voir ce que l’année 2024 apportera. Ce qui est certain c’est que, malgré les difficultés, les populations autochtones circumpolaires n’ont pas baissé les bras. Entre les initiatives visant à préserver et transmettre culture et langage aux jeunes générations et les démarches et appels à faire reconnaître leur droit sur leurs territoires et leurs existences, les populations du Grand Nord semblent bien décidées à être enfin remises au centre des débats autour d’un Arctique en pleine mutation.

Mirjana Binggeli, PolarJournal

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