Huit nouvelles licences de production dans la mer de Barents | Polarjournal
Une plate-forme pétrolière est remorquée dans le secteur maritime de Stavanger en Norvège. Image : Odfjell Drilling

L’exploration pétrolière en mer de Barents se poursuit avec la délivrance de huit nouvelles licences par la Norvège. Pendant que Greenpeace et Young Friends of the Earth remportent une bataille juridique contre l’État.

Le 16 janvier dernier, le ministère norvégien de l’Énergie a déclaré l’ouverture de 62 nouvelles licenses de production de gaz et de pétrole dans la mer du Nord, la mer de Norvège et la mer de Barents, contre 47 l’année dernière. Ces nouvelles autorisations impliquent 24 compagnies pétrolières et 16 opérateurs.

Cette évolution à la hausse reflète d’une part le changement de stratégie énergétique en Europe, qui, depuis les sanctions contre la Russie, s’approvisionne de l’autre côté de l’Atlantique et en Norvège.

D’autre part, la Norvège anticipe la fin de la production de certains champs pétrolifères de la mer du Nord en encourageant la prospection et les découvertes sur cette zone.

En mer de Barents, huit nouvelles licences de production de gaz et de pétrole ont été accordées. En 2023, seulement deux autorisations y avaient été attribuées avec la promesse de doubler leur nombre en 2024.

Les secteurs en bleu sont nouvellement ouverts à la production de pétrole et de gaz dans la mer de Barents, en 2023 à gauche (sur la base des demandes de 2022) et en 2024 à droite. Les poches de gaz découvertes sont en rouge et les poches de pétrole en vert. Images : Norwegian Offshore Directorate

« L’année dernière, j’ai spécifiquement encouragé les entreprises à explorer les possibilités offertes par la mer de Barents, a déclaré Terje Aasland, ministre de l’Energie. […] Cela montre que plusieurs entreprises ont répondu positivement à l’appel et qu’elles sont conscientes de leurs responsabilités sociales. Il est important de prouver qu’il existe davantage de ressources gazières pour assurer la rentabilité, en augmentant la capacité d’exportation de cette région. »

Un développement de l’extraction qui reste très critiqué. En mer de Norvège, l’État vient de perdre un bras de fer lancé par Greenpeace Norvège et Young Friends of the Earth Norway devant la Cour régionale d’Oslo. L’attribution de trois nouvelles licences d’exploitation – Breidablikk, Yggdrasil et Tyrving – a ainsi été jugé non conforme.

« Le jugement établit que les champs pétroliers et gaziers de Breidablikk, Yggdrasil et Tyrving ont été approuvés sur une base illégale et que la production doit être arrêtée immédiatement », a déclaré Frode Pleym, responsable de Greenpeace en Norvège.

« Comme le confirme la décision du tribunal, les émissions des champs pétroliers auraient des effets catastrophiques sur le climat mondial, sur les personnes et sur la planète », a affirmé Gytis Blaževičius, responsable de Young Friends of the Earth Norway.

Frode Pleym, responsable de Greenpeace en Norvège et Gina Gylver, responsable de Young Friends of the Earth Norway lors de l’action en justice devant la Oslo District Court. Image : Rasmus Berg / Greenpeace

L’étude d’impact ne prenait pas en compte les émissions de gaz à effet de serre produites par la consommation de pétrole, ce qui est pourtant une obligation inscrite dans la constitution du pays.

« Il s’agit ici d’un raisonnement de droit interne qui pourrait faire l’objet d’appel car il s’agit d’un jugement de la District Court d’Oslo », nous explique Youna Lyons, analyste de la politique maritime, formée au droit international et à l’océanographie.

En plus de l’arrêt immédiat des concessions, l’État a été condamné à payer Greenpeace et Young Friends of the Earth à hauteur d’environ 280 000 euros, pour les dommages et intérêts, et frais de justice.

Parmi les entreprises impactées par ces décisions, Equinor Energy AS. Elle a par ailleurs découvert 2 millions de barils dans une zone à 150 kilomètres à l’ouest de Bergen, le 22 janvier, dans un lot que l’entreprise co-exploite avec Aker BP.

En mer de Barents, cette dernière compagnie revient après une longue période d’absence. Elle avait quitté la région suite à plusieurs revers en forant des puits secs. « Nous avons une nouvelle équipe, de nouvelles idées et de nouveaux terrains », a déclaré Karl Johnny Hersvik, PDG de Aker BP.

Camille Lin, PolarJournal

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