Démarrage en demi-teinte de la production d’Arctic LNG 2 | Polarjournal

Malgré une série de sanctions, le projet Arctic LNG 2 a vu le jour avec un premier train de production opérationnel. Cependant, ses performances sont inférieures au but initial. De nombreuses inconnues subsistent pour la suite des objectifs de production.

Dans un rapport du 17 janvier, Novatek, une entreprise gazière russe, estime avoir produit 645 millions de barils (équivalent pétrole) en 2023, soit 0,9 % de plus qu’en 2022, et déclare que ses ventes ont augmenté de 2,7 %. Une augmentation qui devrait se poursuivre en 2024, car le projet Arctic LNG 2 – lancé en 2021 – est en train de produire ses premiers volumes de gaz liquéfié depuis la mise en fonction du premier train de liquéfaction le 21 décembre dernier.

Ce nouveau projet a abouti avec un retard d’un an et demi, malgré la série de sanctions occidentales activée par les États-Unis et l’Europe après le début du conflit armé opposant l’Ukraine à la Russie. Cette série de sanctions a limité savoir-faire, main d’œuvre, technologie, investissements et approvisionnement de matériel.

Par exemple, TotalEnergies s’est progressivement retirée – sous pression des sanctions – des différentes étapes du projet dans lesquelles elle était impliquée, comme des contrats d’achat de gaz à longs termes. Dernièrement, elle invoque une clause du contrat d’achat de gaz, le « cas de force majeur », et pour se retirer du projet, elle estime ne plus savoir si elle est capable d’honorer ses engagements.

À cinquante pour cent

Cependant, la chaîne de transformation du gaz en gaz liquéfié du premier train ne fonctionne aujourd’hui qu’à 50 % des capacités initialement prévues. En cause, les sanctions américaines et européennes qui ont privé le projet de trois des sept turbines LM 9000, construites par Baker Hughes. Des turbines de Boeing 777.

« Les constructeurs ont reconfiguré la plateforme en utilisant les quatre turbines initialement livrées. Deux servent à produire de l’énergie et les deux autres à compresser le gaz », nous explique Hervé Baudu, enseignant à l’École Nationale de Marine Marchande et expert des enjeux maritimes polaires.

Vue du quai d’Utrenniy au début des travaux, un remorqueur et un transporteur qui décharge sont amarrés à côté. Image : Novatek

L’objectif de Arctic LNG 2 est d’atteindre une production annuelle de 6,6 millions de tonnes par train. Pour l’instant, le train no 1 est en capacité de produire 3,3 millions de tonnes de gaz. « En cours d’année, il est possible qu’ils soient en mesure d’intégrer les turbines chinoises CGT30 du constructeur Harbin Guanghan, et d’améliorer la capacité de production, raconte Hervé Baudu. Mais elles sont moins puissantes, 30 MW contre 75 MW. »

Les trains no 2 et no 3 sont prévus pour 2024 et 2026. Le matériel de la chaîne cryogénique allemande Siemens a déjà été livré et « il ne manque que la production d’électricité, estime-t-il. Pour cela, ils pourront avoir recours à une vingtaine de générateurs. Une partie pourra être installée à terre. »

La maintenance du matériel s’ajoute à la liste des inconnues. « En 2022, une partie des turbines de Yamal a été renvoyée au Canada, et ils ont réussi à les rapatrier, rappelle Hervé Baudu. Maintenant, reste à savoir s’ils pourront faire appel à un savoir-faire local. »

Acheminer le gaz

Une troisième limite demeure : la disponibilité des tankers brise-glaces transporteurs de GNL pour exporter la marchandise. La fabrication des 16 méthaniers brise-glaces prévus pour Arctic LNG 2 a été arrêtée au sixième, stoppée par les sanctions pour ceux des chantiers sud-coréens. « Pour les dix tankers en construction dans le chantier Russe de Zvezda, seuls les deux premiers sont achevés, les trois autres sont toujours en cours de construction, mais il n’est pas certain qu’ils soient dotés des cuves et de la propulsion initialement prévues, précise l’expert. Certainement que ce seront les tankers qui proviennent de l’autre usine Yamal LNG qui serviront également pour transporter le GNL d’Arctic LNG2. »

Contrairement à Arctic LNG 2, la liquéfaction du gaz de Yamal LNG se fait à terre, ici un méthanier brise-glace reçoit du GNL. Image : Novatek

Pour pallier le manque de moyen nautique, il est possible qu’une chaîne d’approvisionnement comprenant un transbordement d’un tanker brise-glace à un méthanier classique soit mise en place en dehors de la limite des glaces sera mise en place. « À proximité de Mourmansk, à l’abri de l’île de Kildin, il y a quatre coffres pour amarrer pour amarrer les méthaniers. Une rotation prend 24 heures pour charger ou décharger », expose Hervé Baudu.

En Europe, la Belgique, l’Espagne et la France sont les premiers à s’approvisionner en GNL russe. À Zeebrugge, le stockage permet la revente et cette spéculation fait grincer des dents. L’alternative étant le GNL outre-Atlantique qui est en partie produit à partir de gaz de schiste.

Le projet Arctic LNG 2 fait partie des projets pétroliers « bombe carbone », un concept élaboré par Kjell Kühne, géographe de l’université de Leeds, et ses collègues dans un article publié par Energy Policy juillet 2022. Selon une enquête publiée dans Le Monde, il consommera plus d’un milliard de tonnes de CO2 au cours de son exploitation.

Camille Lin, PolarJournal

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