Les plateformes glaciaires dérapent depuis huit décennies | Polarjournal
Les plateformes de glace sont les derniers freins depuis l’amont au déversement des glaciers vers la mer. Image : David Vaughan / British Antarctic Survey

Amincissement, retrait, dérapage et méga-fissures… En Antarctique, les plateformes de glace perdent leurs points d’ancrage. D’après les dernières observations, cela pourrait être forcé par le changement climatique à partir des années 1940, à commencer par Thwaites et Pine Island. Depuis les années 1990, ce phénomène s’est généralisé puis accéléré.

Retrait dès les années 1940

Le 26 février dernier, le journal PNAS revient sur le front du glacier Thwaites – 130 kilomètres de linéaire côtier à l’ouest de l’Antarctique. Dans cet article, une équipe de géologues montrent qu’il a amorcé son retrait dans les années 1940, au moins. Ce qui coïncide avec les données du glacier voisin tout aussi célèbre, Pine Island. Les ancrages des géants de glace se sont progressivement retirés des îles côtières et reliefs sous-marins à cause de facteurs extérieurs : changements atmosphériques et océaniques. « Cela s’inscrit dans un contexte plus large de changement climatique », estime Rachel Clark, géologue à l’université de Houston. Dans cette situation, un épisode extrême d’El Niño aurait pu déclencher le processus.

Qui dit retrait, dit moins de glace. La perte de masse de Thwaites s’est accélérée depuis les années 1970. La différence entre les chutes de neige en amont et l’écoulement de la glace vers la mer représente un déficit d’eau solide de 50 milliards de tonnes, qui a contribué à 4 % de l’élévation du niveau marin.

Image : Alex Mazur

Dérapage glaciaire antarctique

Ce processus se serait généralisé au pourtour de l’Antarctique. Le 21 février dernier dans le journal Nature, des géologues de l’université d’Édimbourg retournent en 1973 à l’aide d’images satellites et montrent que la réduction des ancrages sous-marins des plateformes de glace s’est accélérée depuis 50 ans, en doublant sa vitesse. Au cours de la première période (1973-1989), les plateformes glaciaires perdent 15 % de leurs points de fixation, essentiellement en mer d’Amundsen (en bas à gauche de la carte). Les langues glaciaires concernées perdent en épaisseur localement, mais pour Thwaites, « les points d’ancrage s’amincissent déjà depuis des décennies, avant les premières observations […] satellitaires », expliquent les auteurs.

À partir de 1990, cela se généralise au départ de la péninsule Antarctique et prend de la vitesse jusqu’à aujourd’hui. Pour les auteurs : « L’accélération générale de la perte des points d’ancrage est frappante et présage un avenir sombre pour de nombreuses plateformes glaciaires », avec des signes de faiblesse nouveaux provenant des glaciers côtiers entre Dumont d’Urville et Casey (en bas à droite sur la carte).

Carte : B. Miles et R. Bingham, 2024 / Nature

Fissure éclair

Le fond et les îles côtières retiennent de moins en moins ces plateformes flottantes, précipitant de plus en plus de glace vers la mer. Le 5 février dernier, une étude publiée dans AGU revient sur l’ouverture éclair d’une fissure dans la plateforme de Pine Island en 2012. Une cassure de 11 kilomètres a ajouré les 400 mètres d’épaisseur de glace, jusqu’à la mer, en cinq minutes. Sa vitesse de propagation a été estimée à 35 mètres par seconde. Stephanie Olinger, géologue de l’université de Waterloo (pour cette étude), estime : « À notre connaissance, il s’agit de la formation d’un rift la plus rapide jamais observée. » La glace s’est comportée comme du verre, remarque les physiciens, mais l’eau de mer a tout de même ralenti la percée, qui aurait pu être bien plus longue.

Image : Rob Soto

La plateforme de glace de Pine Island s’est fendue et a vêlé un iceberg géant en 2013.

La fissure la plus rapide de l’ouest antarctique a conduit à la formation de l’iceberg B-31. Vidéo : NASA

Camille Lin, PolarJournal

Lien vers les études :

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