Sedna, un finissage en beauté au NONAM | Polarjournal
A ne pas manquer ! Avant que la déesse mythique du Grand Nord ne regagne les mers froides, ne manquez pas l’occasion de voir ou revoir l’exposition qui lui est consacrée. Photo : Severin Nowacki

Le dimanche 17 mars marque la clôture de l’exposition « Sedna. Mythe et changement dans l’Arctique » au Nordamerika Native Museum (NONAM) à Zurich. Profitez de cette occasion pour vivre la dernière visite avec Martha Cerny, conservatrice et directrice du Cerny Museum of Contemporary Circumpolar Art et coorganisatrice de l’exposition avec Heidrun Löb, directrice et conservatrice de NONAM.

Avec plus de 10 000 visiteurs, on peut dire que l’exposition Sedna a connu un grand succès depuis son lancement en février 2023. Et pour clôturer l’exposition, le Musée Cerny et le NONAM ont sorti le grand jeu. Avec un film documentaire, une visite guidée, un atelier et le vernissage du catalogue et du court-métrage de l’exposition, Sedna fera ses adieux en beauté. Mais avant cela, retour avec Martha Cerny sur une exposition qui donne à entendre les voix autochtones du Grand Nord.

Quel bilan tirez-vous de l’exposition SEDNA au NONAM ?

L’exposition a été une réussite. Les gens ont été extrêmement intéressés. C’est probablement la première fois que le public peut voir les multiples couches qui constitue une œuvre d’art, soit les différents thèmes abordés par l’œuvre mais aussi la scénographie de l’exposition dans son ensemble, créée par Markus Roost.

L’exposition est composée de sept îles différentes qui comportent des blocs de glace dont le volume diminue au fur et à mesure de l’exposition. C’est une manière d’illustrer les défis environnementaux auxquels les populations sont confrontées. J’ai trouvé l’idée géniale et elle a très bien fonctionné, car le public peut vraiment visualiser ce qui se passe et même de comparer avec la situation en Suisse, en particulier avec la fonte de nos glaciers.

Répartie sur sept îles, l’exposition présente des sculptures, des gravures, des dessins et des films. Un véritable voyage à travers le monde circumpolaire. Photo : Musée Cerny

Les différents thèmes abordés donnent à réfléchir. L’utilisation de Sedna comme fil rouge de l’exposition souligne l’importance de cette figure, l’importance de toute cette histoire et son actualité. Le rôle de Sedna a changé à travers les époques en fonction de ce que les gens ont fait de leur environnement.

Même si l’Arctique est loin de nous, nous avons, ici en Suisse, une influence sur ce qui se passe dans l’Arctique, avec le courant-jet, les courants et notre négligence à prendre soin de notre environnement.

Quels ont été les retours des visiteurs ?

Lors des visites guidées, il y avait toujours un minimum de 15 personnes. Souvent, nous commencions avec un petit groupe et d’autres personnes se joignaient à nous lorsqu’elles entendaient les histoires que nous racontions.

La plupart des réactions que j’ai personnellement entendues étaient « Oh, je ne savais pas ça ! » ou « C’est nouveau pour moi » ou « Je n’avais pas réalisé ça ». En fait, il s’agissait d’un ensemble de réactions concernant une histoire dont on ne parle pas. On mentionne toujours la beauté de l’Arctique et la capacité des gens à survivre dans ces conditions, mais il y a d’autres histoires, vous savez. Il ne s’agit pas seulement de survivre dans cet environnement hostile, mais aussi de survivre aux forces extérieures auxquelles les gens ont dû faire face en raison de la colonisation. Il s’agit des traumatismes que les populations ont subis et subissent encore aujourd’hui.

L’un des objectifs de l’exposition était de montrer les blessures engendrées et de les traiter dans le cadre d’un processus de guérison. Nous avons pensé que c’était l’une des raisons d’être de l’exposition : amplifier la voix des peuples autochtones lorsqu’ils racontent leur histoire, de ce qu’il s’est passé et de leur environnement. Ce sont des voix que personne n’a entendues. Et maintenant, il est vraiment temps d’écouter.

L’une des artistes présentées dans l’exposition, Ningiukulu Teevee, a parlé de l’évolution de la chasse et de ses sentiments à l’égard des animaux. Leur survie est aujourd’hui remise en question en raison des changements environnementaux et de la pollution à laquelle les populations sont exposées. Il est vraiment émouvant de voir que des gens commencent à faire quelque chose pour renverser la situation ou arrêter sa progression. C’est quelque chose de positif.

« Change » Island raconte comment la colonisation occidentale a profondément modifié le mode de vie des populations autochtones circumpolaires. De la colonisation forcée à la relocalisation des populations en passant par la christianisation, les conséquences sont encore dramatiquement présentes dans la vie quotidienne des populations du Grand Nord, comme le montre cette scène. Au centre, l’œuvre de Bart Hanna Kappianaq, intitulée Confrontation, représente un homme (peut-être un prêtre ou un converti) se défendant contre un chaman en forme d’oiseau. Photo : Musée Cerny

Quels ont été les points forts de l’exposition ?

Pour moi, les temps forts ont été la Journée de l’Arctique et la Journée des peuples autochtones, qui ont été organisées conjointement. En juin 2023 au NONAM, à l’occasion de l’Indigenous Day, la famille Duncan, les danseurs de cerceaux et S. E. Leon Kaulahao Siu, le ministre hawaïen des affaires étrangères, venus des États-Unis, Billy Gauthier du Nunatsiavut et les artistes et écrivains samis Fredrik Prost et Inga-Wiktoria Påve de Suède, se sont produits, ont fait des visites et ont organisé des ateliers. Ce fut une merveilleuse occasion pour les peuples autochtones de se réunir et de parler ensemble de ce qui les préoccupe et de voir tout ce qu’ils ont en commun, notamment en termes d’histoire et d’environnement, non seulement les uns avec les autres, mais aussi avec les visiteurs.

Lors de la présentation des artistes présents, chacun a chanté une chanson. Il était remarquable de constater qu’ils communiquaient non seulement avec leur voix, mais aussi avec leur musique. À travers leurs chansons, ils ont apporté un peu de leur environnement avec leur musique.

Y a-t-il une œuvre d’art qui vous est chère ?

En fait, l’exposition présente un certain nombre de différentes Sednas. Elle était présente sur chacune des îles afin de montrer l’évolution de son rôle, de sa symbolique.

Ce qui était vraiment important pour moi, c’était que les différentes zones des régions circumpolaires soient représentées, car c’est dans ce sens que nous sommes passés de l’art inuit clairement canadien à la compréhension et à la réalisation qu’il y a une similitude du mode de pensée holistique des peuples du Nord. C’est pourquoi la collection Cerny s’est élargie aux différentes régions circumpolaires.

Je pense également au NONAM, car il y a 20 ans, nous avons organisé la première exposition avec eux. Vous pouvez donc imaginer que notre histoire commune remonte à plus de 20 ans. Le NONAM a voulu montrer cette évolution. D’un musée spécialisé dans les populations et cultures amérindiennes, ils se sont ouverts aux régions circumpolaires et ont compris l’importance de ce dialogue. Il y a une leçon à tirer des peuples autochtones.

Martha Cerny (ici avec son mari Peter Cerny) est conservatrice et directrice du Museum Cerny, qui abrite l’une des collections les plus complètes d’art circumpolaire contemporain. Photo : Musée Cerny

Que peut-on attendre du finissage qui aura lieu ce dimanche ?

Le matin, un film sera projeté avec pour sujet un village d’Alaska et sa situation actuelle. Ensuite, Heidrun Löb et moi-même animerons une visite guidée. Nous projetterons également le court métrage SEDNA qui a été réalisé à partir de l’exposition.

Le finissage sera également l’occasion de présenter le catalogue de l’exposition. Ce catalogue comprendra des articles de l’artiste sami Tomas Colbengtson, qui figure également dans l’exposition, et de Theresie Tungilik, artiste mais aussi présidente nationale et porte-parole de la Canadian Artist Representation. Elle est la première femme inuk à occuper ce poste au sein de cette association artistique nationale. Et il ne s’agit pas seulement d’une association d’art inuit, mais d’une association qui couvre un champ artistique beaucoup plus large. Je la connais depuis longtemps et lorsque je l’ai rencontrée, elle parlait du problème de la chasse au phoque, avant même que l’Union européenne n’interdise les produits à base de peau de phoque. Elle a écrit un excellent article sur ce sujet, qui est également très personnel. Elle explique comment elle a grandi avec cette problématique et comment une décision prise par quelqu’un d’extérieur a affecté sa vie et celle de son entourage. Et c’est quelque chose qui se répète depuis longtemps. Au lieu de consulter les populations pour savoir ce qui pourrait l’affecter et comment, on se contente de faire les choses. Pour moi, l’article de Theresie porte définitivement sur l’inclusion.

Le catalogue ne se contente pas de présenter l’exposition, il donne également au lecteur la possibilité d’entendre les voix des artistes représentés dans l’exposition.

Outre un catalogue, un court métrage documentaire sur l’exposition sera présenté lors du finissage. Vidéo : arttv / YouTube

Comment s’est déroulée votre collaboration avec le NONAM ?

La collaboration avec Heidrun Löb et son équipe a été merveilleuse. Notre collaboration continue a été très amusante et il a été intéressant de choisir les pièces ensemble. Il est très rafraîchissant de voir les oeuvres à travers les yeux d’autres personnes et de pouvoir se concentrer sur de nouvelles nuances. Parfois, d’autres personnes vous font des commentaires sur des choses que vous avez l’habitude de voir, ou sur des choses que vous n’avez pas vues, et vous vous rendez compte qu’il y a quelque chose de plus ou de différent par rapport à ce que vous connaissez déjà.

En outre, l’objectif de nos deux musées est d’être une plateforme pour les voix autochtones. J’ai beaucoup appris des personnes avec lesquelles j’ai collaboré. Notre société occidentale s’est tellement éloignée de la nature qu’il est temps d’y revenir et de prendre nos responsabilités à son égard. C’est une autre raison pour laquelle je pense que ces voix ont besoin de ce genre de plateforme pour que nous puissions les entendre et apprendre.

Le programme de finissage est disponible sur le site du NONAM.

Propos recueillis par Mirjana Binggeli, PolarJournal

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