Un continent, une baleine bleue | Polarjournal
Les baleines à fanons ont été tuées par centaines de milliers au 20e siècle. Ici, la baleine bleue se rétablit lentement en Antarctique. Image : Julia Hager

Les baleines bleues forment une population unique autour de l’Antarctique et la CCAMLR devrait minimiser l’impact humain sur l’espèce autour du continent, selon une étude parue dans Animal Conservation.

Une tête et une colonne vertébrale de 27 mètres enveloppée de chair et de graisse, les baleines bleues de l’Antarctique soufflent de l’air chaud dans les vents glacés. Cet environnement les rend un peu différentes de leurs congénères des autres océans. Mais contrairement à ce que l’on pensait, jusqu’à la sortie d’une étude dans la revue Animal Conservation le 15 mars derniers, cette population n’est pas composée de sous-populations, c’est un seul et unique peuplement. De la mer de Weddell à la mer de Ross, elles circulent autour de l’Antarctique sans que les individus ne soient affiliés à une région en particulier. Pourtant, il n’est pas rare que ces animaux restent fidèles à un courant rempli de nourritures ou à une baie pour se reproduire. Alors, comment cette nouvelle étude apporte-t-elle un résultat radicalement opposé ?

Les précédentes analyses reposaient sur un nombre similaire de baleines de l’Antarctique, mais dans ce cas, les chercheurs ont ajouté les données d’autres baleines habitant d’autres océans. En comparant les patrimoines génétiques de chaque individu, ils ont réalisé que parmi celles de l’Antarctique, se cachaient des baleines venues d’autres populations. Ce qui avait faussé les résultats. Ils ont ainsi mis en valeur un taux de migration (entre 1 et 4 %). Des baleines migrent donc, avec la possibilité qu’elles se reproduisent ailleurs. À l’échelle du globe, l’étude ne repère pas de consanguinité au sein des différents groupements de baleines. Cela aurait pu être le cas, car depuis la fin de leur chasse en 1966, elles se rétablissent lentement et ne s’en sont pas encore remises. Mais d’autres menaces apparaissent.

En Antarctique, l’augmentation du trafic autour de la péninsule Antarctique renforce les risques de collision avec des navires de tourisme, de pêche et de recherche, sans oublier l’augmentation de la pollution sonore, ainsi que la concurrence des pêcheurs de krill et le risque de capture des cétacés dans leurs filets. L’étude montre qu’une nuisance localisée touche toute la population. « Nous recommandons que les organismes de gestion nationaux minimisent les activités humaines susceptibles d’avoir un impact sur ces groupes de gestion lorsque les baleines bleues se trouvent dans leur juridiction », concluent les chercheurs. Dans ce cas précis, il s’agit de la CCAMLR qui statue sur la protection des espèces animales de l’Antarctique. Les mesures de gestion sont donc entre les mains des pays signataires du Traité sur l’Antarctique.

Camille Lin, PolarJournal

Lien vers l’étude : Attard, C.R.M., Sandoval-Castillo, J., Lang, A.R., Vernazzani, B.G., Torres, L.G., Baldwin, R., Jenner, K.C.S., Gill, P.C., Burton, C.L.K., Barceló, A., Sironi, M., Jenner, M.-N.M., Morrice, M.G., Beheregaray, L.B., Möller, L.M., n.d. Global conservation genomics of blue whales calls into question subspecies taxonomy and refines knowledge of population structure. Animal Conservation n/a. https://doi.org/10.1111/acv.12935

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