Des conditions de travail difficiles pour les guides étrangers en Laponie | Polarjournal
Parcourir les paysages enneigés de la Laponie constitue une expérience de plus en plus recherchée par les touristes étrangers. La région offre un cadre féerique aux visiteurs venus des quatre coins du monde, mais des conditions de travail pas toujours très enviables aux travailleurs saisonniers. Photo : Pixabay

Manque de temps de repos, de formation et de matériel, les conditions de travail peuvent être difficiles pour les guides étrangers qui travaillent en Laponie.

Pas facile la vie de guide en Laponie finlandaise. Si les paysages sont magnifiques, les conditions de travail peuvent vite transformer l’expérience en cauchemar. Temps de repos et horaires de travail non respectés, formation expédiée, matériel vétuste, faibles salaires ou pénurie de logements, les conditions de travail sont particulièrement compliquées pour les travailleurs saisonniers étrangers. C’est du moins ce que révèle, dans un article paru le 27 mars dernier sur le site de la radiotélévision publique nationale, le syndicat finlandais de services PAM, qui cite en particulier le non-respect des temps de repos et le manque de formations. 

Le syndicat a en effet eu connaissance à plusieurs reprises de situations où le temps de repos entre deux périodes de travail n’était pas respecté, le repos était souvent largement en deçà des huit heures prévues par la loi. À quoi s’ajoutent plus d’heures de travail que prévues par le contrat et pas toujours rémunérées. 

Parallèlement, des travailleurs ont régulièrement rapporté que les périodes de formation étaient très courtes. C’est notamment le cas pour les motoneiges où des guides, souvent sans formation préalable sur ce type d’engins, sont envoyés avec un groupe de touristes peu de temps après avoir reçu une brève instruction. 

Être capable de guider un groupe de touristes en motoneige (comme ici au Svalbard) ne s’improvise pas. Une formation solide est indispensable afin d’assurer la sécurité du groupe et une expérience positive pour chacun. (Photo : Heiner Kubny)

En février dernier, une guide étrangère s’était tuée lors d’un safari en motoneige de 40 km dans la région de Rovaniemi. Elle avait percuté un arbre à bord de son véhicule quelques mois seulement après avoir entamé sa saison. Un événement tragique dont la responsabilité a été amputée à une négligence de la part de l’employée, selon une enquête effectuée par l’Agence administrative régionale de l’Etat, Avi.

Autre phénomène fréquemment rapporté, le mauvais état des équipements. Entre des motoneiges à bout de souffle et des pneus usés, le matériel utilisé par les guides est souvent vétustes. Si la plupart des compagnies font des efforts pour résoudre ces problèmes, d’autres s’illustrent par leur indifférence. « C’est un phénomène continu. Il peut y avoir une plainte contre une entreprise, après quoi le problème est immédiatement réglé. Mais il y a aussi des endroits où c’est un phénomène persistant, où les choses ne s’améliorent pas même après des années », déclarait à la radio-télévision finlandaise, Yle, Henna-Kaisa Turpeinen, directrice régionale du syndicat PAM pour la Laponie.

Aux problèmes liés à l’emploi, s’ajoutent également d’autres difficultés pour les guides et travailleurs étrangers, notamment la difficulté à se loger. Les employés saisonniers peinent en effet à trouver des logements dans des villes qui connaissent déjà une pénurie de logement, à l’image de Rovaniemi ou d’Inari qui aurait besoin d’une centaine de logements supplémentaires. Résultat, les prix explosent et les employés sont souvent contraints de partager leur logement dans des colocations à plusieurs. 

La précarité des emplois dans le secteur touristique, en particulier pour les travailleurs étrangers, n’est un secret pour personne. Régulièrement, le problème fait les gros titres des journaux locaux et débordent du cadre touristique à proprement parlé – en juin dernier, un rapport de l’Administration finlandaise de la sécurité et de la santé au travail révélait de nombreuses lacunes dans l’application des conditions minimales d’emploi de la main d’œuvre étrangère dans différents secteurs professionnels. 

Pour ce qui est du tourisme, le secteur se porte plutôt bien en Laponie. Participant pour près de 6% au PIB, l’industrie touristique lapone emploie dans les 12 000 personnes durant la haute saison hivernale. Près de la moitié de ces emplois sont occupés par des étrangers. Des travailleurs pas toujours au courant de leurs droits dans un pays dont ils ne connaissent pas la législation. Souvent, il ne savent pas à qui s’adresser quand ils n’ont pas carrément peur de perdre leur emploi s’ils s’expriment. Pour tenter de pallier au manque d’information, le Ministère de l’intérieur a mis en place une application, « Work Help Finland », qui entend fournir les informations relatives aux droits et devoirs des employés étrangers. L’application permet également au travailleur de savoir à qui s’adresser en cas de problèmes ou de non-respect des conditions-cadres de la part de l’employeur.

Mirjana Binggeli, PolarJournal

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