L’alliage électrique de l’art et la science | Polarjournal
À partir d’une image d’ours polaire prise à Wrangel par François Bernard – le guide de Sebastião Salgado au Groenland -, Sara Bran a produit Captif. Image : Camille Lin

Dentellière sur or, Sara Bran part au Groenland cet été pour nourrir sa pratique artistique. Au programme une expédition sur un kayak solaire à la rencontre des espaces sauvages, des habitants de la côté et des scientifiques.

Quelques coups de pagaie et un moteur électrique comme moyen de propulsion, Sara Bran s’élancera sur un kayak solaire cet été depuis la baie d’Inglefield au nord-ouest Groenland. La zone est habitée, mais c’est l’une des plus isolées du pays. Le recul des glaces s’arrête l’été non loin de là au nord. La baie débouche sur un bras de mer. À 300 kilomètres de l’autre côté, les îles Ellesmere appartiennent au Canada. Les expéditions pour rejoindre le pôle Nord sont parties de là, il fut un temps. « Les habitants connaissent bien l’ethnologue français Jean Malaurie », nous explique-t-elle dans son atelier d’orfèvrerie. Sara Bran est dentellière sur or. Par la précision des gestes qu’elle a elle-même développés, elle sculpte dans des métaux précieux des œuvres uniques. Reconnue dans le milieu du luxe, elle n’a pas moins d’ambition dans le monde des expéditions polaires.

« En solo, cela enlève des complexités, mais en crée d’autres », prévient-elle. Pour récupérer : le camping, mais pas n’importe lequel. L’ours est le roi de l’Arctique. Formée au métier de guide polaire, l’aventurière pourra utiliser les refuges de chasseurs ou monter des dispositifs d’effarouchement autour de ses divers campements. Et elle ne partira pas sans arme. « Près des villages, il n’y a pas de danger, l’ours est chassé, plus loin c’est un sujet », explique-t-elle.

La capacité d’emport du kayak étant réduite, Sara Bran estime son autonomie à un mois, voire un mois et demi. Et puisqu’elle a des panneaux solaires, il y a aussi une batterie. Avec laquelle elle pourra recharger du matériel électronique pour la navigation et la communication. Son principal interlocuteur sera Philippe Carlier, le routeur. « Pour la météorologie, il verra des choses que je ne peux pas voir », explique-t-elle calmement. « Sauf les vents catabatiques. »

L’embarcation a neuf ans. Elle a été conçue par la fondation Planet Solar de l’explorateur Raphaël Domjan. Sara Bran a reçu de précieux conseils de ce dernier ainsi que la navigatrice Anne Quéméré, de l’aventurier Jean-Louis Etienne ou encore d’Eric Brossier, co-capitaine du voilier Vagabond. Son entraînement physique a débuté en septembre dernier sur la côte méditerranéenne.

L’expédition n’est que la partie émergée d’un projet naissant. « Je commence avec une unité d’une personne, mais le but, c’est de revenir avec un voilier pour des expéditions scientifiques », ajoute-t-elle. « Ce serait la première unité solaire française capable d’hiverner sans gasoil. » Dans ce but, elle fonde en 2022 l’association Ice Art Hope (In Case of Emergency Art Inspires Hope). Une dizaine de bénévoles la suit et des chercheurs s’intéressent au projet. La mairie de Saint-Aubin en Normandie a mis des locaux à sa disposition pour créer un laboratoire de développement.

Croquis, photos, journal de bord, Sara Bran embarque de quoi nourrir son inspiration artistique. Toute information d’ordre sensible sera inventoriée pour ensuite être traduite sous forme d’objets artistiques. « Ce qui reste des civilisations, ce sont les objets et les écrits », affirme-t-elle. « Ce sont les pièces qui nous survivent. » De son tour de main, elle peut inscrire une démarche aussi abstraite que les sciences dans le métal.

Le bioacousticien Olivier Adam lui a confié un hydrophone pour enregistrer des paysages sonores. Des groupes de narvals vivent dans la région. Peu d’enregistrements de ce type existent. Des ornithologues de l’Université d’Hokkaido (Japon) travaillent sur les mergules nains, et elle a prévu de leur rendre visite. Au rythme de son kayak elle voudrait tisser des liens plus forts avec les habitants de cette côte. De retour en France fin août, elle partagera son expérience sur des plaques d’or qu’elle découpe à la scie et travaille avec de fines ciselures.

Camille Lin, Polar Journal AG

Le 22 juin à Saint-Aubin-sur-Mer, retrouvez l’équipe de l’expédition pour une projection conférence avant le grand départ.

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