La quête du ‘Quest’ s’achève sur un succès | Polarjournal
La première image du Quest depuis 60 ans. Retrouvée après cinq jours de recherche, l’épave gît à 390 mètres de fond au large des côtes de Terre-Neuve-et-Labrador, au nord-est du Canada. Photo : Canadian Geographic

L’épave du dernier navire de Sir Ernest Shackleton, le Quest a été retrouvé dans la mer du Labrador. Et bonne nouvelle, à l’exception d’un mât brisé, l’épave est intacte.

C’est une image orange et floue qui nous est parvenue et pourtant, elle aura déchaîné l’enthousiasme des aficionados polaires et autres passionnés de l’histoire des expéditions arctiques et antarctiques. C’est en effet la première image du navire Quest, coulé il y a plus de 60 ans et retrouvé le 9 juin dernier par la Société géographique royale du Canada (SGRC). Le navire gît à 390 mètres de fond dans la mer du Labrador.

« Je peux confirmer définitivement que nous avons trouvé l’épave du Quest. Elle est intacte. », a déclaré dans un communiqué de presse publié le 12 juin par la SGRC, David Mearns, directeur de recherches de l’expédition et chasseur d’épaves. « Les données de l’imagerie du sonar latéral à haute résolution correspondent exactement aux dimensions et aux caractéristiques structurelles connues de ce navire spécial. Elles sont également cohérentes avec les événements survenus au moment du naufrage. »

Dirigée par la SGRC, l’expédition Shackleton Quest était composée une équipe internationale d’experts en océanographie, histoire, ou encore en plongée venant du Canada, du Royaume-Uni, de la Norvège et des États-Unis. Outre David Mears, l’équipe comptait également John Geiger, directeur du SGRC et chef d’expédition.

L’équipe du SGRC le lendemain de la découverte, posant sur le pont du LeeWay Odyssey. Absents sur la photo, l’expédition comptait également Alexandra Shackleton, petite-fille du célèbre explorateur, ainsi que Mi’sel Joe de la Première nation Miawpukek, qui ont  tous deux co-patronné  le projet. Photo : Jill Heinerth / Can Geo

Pour retrouver le Quest, la SGRC a mené des recherches minutieuses en s’appuyant sur les journaux de bord, cartes et données historiques. Bien que le naufrage du Quest ait été relativement bien documenté, ces archives ne permettaient pas de déterminer si et où les courants et les conditions météorologiques auraient pu amener l’épave. L’équipe du SGRC s’est donc aidée de technologies modernes pour déterminer ces facteurs. Avec succès. L’épave a été retrouvée à 2,5 km de la dernière position reportée pour le navire lors de son naufrage.

Le dernier navire d’un héros polaire

L’histoire de l’exploration polaire compte nombre de navires de légende. Des noms tels que Discovery, Fram, Aurora, Endurance ou encore Terra Nova, sont intrinsèquement liés à des expéditions emblématiques ou à des noms d’explorateurs prestigieux. Le navire Quest est l’un d’eux.

Construite en Norvège en 1917 et initialement nommée Foca I, cette goélette à vapeur sera rebaptisée Quest lorsqu’un certain Ernest Shackleton rachète le navire en 1921.

Le Quest quittant Londres le 17 septembre 1921 pour l’Antarctique. Photo : Popular Mechanics Magazine 1921 / Wikicommons

Rompu à l’exploration polaire, Shackelton avait trouvé la célébrité internationale sept ans plus tôt avec l’Imperial Trans-Antarctic Expedition. Ambitionnant de traverser le contiennent blanc d’un bout à l’autre, l’histoire avait tourné court quand le navire de l’expédition, l’Endurance, pris dans les glaces, finit par couler. S’en suivit l’une des épopées les plus incroyables de l’histoire de l’exploration polaire. 

Durant des mois, Shackleton et ses hommes dériveront sur la banquise avant de trouver refuge sur l’Île de l’Éléphant. Comprenant qu’aucun secours ne viendrait les chercher sur ce bout de roche isolé et inhospitalier, Shackleton tente le tout pour le tout et embarque avec cinq hommes à bord d’une baleinière, le James Caird, pour une traversée surréaliste vers la Géorgie du Sud.

Parvenus sur l’île, ils finiront par rejoindre la station baleinière de Stromness après avoir encore dû traverser, dans une course folle, l’intérieur montagneux et inexploré de la Géorgie du Sud. Le sauvetage des hommes restés sur l’Île de l’Éléphant s’organise. Au prix d’efforts surhumains et d’une ténacité hors-normes, Shackleton parviendra à ramener l’ensemble de son équipage sain et sauf en Europe.

Avec le Quest, l’explorateur projetait alors d’explorer la mer de Beaufort mais dû renoncer à son projet faute de financement de la part du gouvernement canadien. Shackleton revoit ses plans et fait cap vers l’Antarctique. L’expédition Shackleton-Rowett ambitionnait probablement d’effectuer un tour du continent et de cartographier des îles subantarctiques. 

Après la mort de Shackleton, qui marquera la fin de l’Âge héroïque de l’exploration antarctique, Frank Wild, commandant en second et vétéran de l’expédition Endurance, prend la tête de l’expédition. Mais le navire peine à remplir sa mission. Lent, gourmand en carburant, tanguant et présentant une voie d’eau persistante, le Quest ne peut guère s’aventurer dans les glaces de l’Antarctique. L’expédition est avortée. 

Le Quest devient ensuite phoquier, navire d’expéditions et de sauvetage, dragueur de mines durant la Seconde guerre mondiale avant de redevenir phoquier. Ce sera sa dernière mission : le 5 mai 1962, le Quest est endommagé par les glaces et coule au large de Terre-Neuve-et-Labrador. L’équipage norvégien, alors à bord, s’en sortira indemne. 

Grâce à la persévérance et au travail minutieux de l’équipe du SGRC, on sait désormais où repose le Quest alors que l’on célèbre, cette année même, les 150 ans de la naissance de Shackleton. Le travail du SGRC ne s’arrêtera toutefois pas là. Une prochaine expédition est déjà prévue pour photographier et documenter l’épave.

Mirjana Binggeli, Polar Journal AG

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